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    Les employés du Saint-Siège sont inquiets © Flickr – MarcBiarnès – CC BY-NC 2.0

    Réforme difficile mais inévitable du système de retraites du Vatican

    Le pape François s’inquiète du «déficit important» du Fonds de pension du Vatican, dans une lettre adressée aux responsables de la Curie romaine, et rendue publique le 21 novembre 2024. Pour prendre des «mesures structurelles urgentes», il nomme le cardinal Kevin Farrell – un homme de confiance du pontife – administrateur de cet organisme, prévenant que les décisions à venir seront «difficiles à prendre».

    Dans sa lettre, le pape écrit aux cardinaux, préfets et responsables des institutions de la Curie et des organismes qui lui sont liés – comme le Fonds d’assistance sanitaire ou encore les basiliques majeures de Rome –, leur demandant à nouveau un effort pour redresser les finances du Saint-Siège. Après le salaire des cardinaux ou les dépenses du dicastère pour la Communication, le pape a cette fois-ci dans son viseur le Fonds de pension, qui depuis sa création en 1992 doit assurer les retraites des fonctionnaires du petit État – actuellement au nombre de 4'800.

    La gestion des pensions «génère un déficit important», se préoccupe François, sans toutefois donner de chiffre. S’appuyant sur des analyses d’experts indépendants, il fait état d’«un grave déséquilibre dans les perspectives du Fonds». Le système actuel «n’est pas en mesure de garantir à moyen terme […] l’obligation de pension pour les générations futures». Et les problèmes «graves et complexes […] risquent de s’aggraver s’ils ne sont pas traités promptement», ajoute-t-il.

    Pour assurer la viabilité de ce Fonds de pension et prendre les «mesures structurelles urgentes» nécessaires, le pape nomme le cardinal Kevin Farrell comme administrateur unique de la structure. Le Conseil d’administration de 11 membres était jusqu’à présent dirigé par l’Allemand Norbert Alfred Emile.

    Homme de confiance du pontife argentin, le cardinal américain est réputé pour ses capacités administratives. Outre sa mission comme préfet du dicastère pour les Laïcs, la famille et la vie, il est camerlingue de la Sainte Église romaine – assurant l’intérim en cas de vacance du Siège apostolique –, président du Comité chargé de surveiller les investissements mobiliers du Saint-Siège depuis 2022 et président de la Cour de cassation de la Cité du Vatican depuis janvier dernier.

    En vue de cette phase de changement «inévitable», le pape François demande aux responsables de la Curie de collaborer. Les décisions «difficiles» qui se profilent nécessiteront «une sensibilité particulière, de la générosité et une disponibilité au sacrifice de la part de tous», avertit-il au passage.

    Vive inquiétude et incertitude chez les employés

    «La grande majorité des employés du Vatican se sont déjà serré la ceinture», a réagi dans un communiqué l’Association des employés laïcs du Vatican (ADLV), exprimant son désaccord quant à cette perspective. Faisant noter que le bilan du Fonds de pension n’est pas public, elle demande à «comprendre comment sont gérées les retenues sur salaire des employés».

    Déplorant le silence de la hiérarchie, l’ADLV demande à être reçue pour faire entendre la voix des salariés déjà «épuisés par les coupes». Elle engage le secrétariat pour l’Économie, organe de la réforme financière du pape, à chercher à augmenter les revenus du Saint-Siège sans affecter les employés dont les salaires n’ont pas été indexés sur le coût de la vie depuis une quinzaine d’années.

    "Aucun dialogue social"

    Dans les couloirs du palais apostolique, la rumeur circule que le projet de réforme des retraites serait déjà bien entamé, a appris I.MEDIA. On parle même de «coupes importantes» dans les pensions. Plusieurs pistes sont envisagées, comme celle de reporter l’âge de départ – fixé à 67 ans –, de réviser la possibilité existante de prendre sa retraite au bout de 30 ans d’ancienneté, ou encore de ponctionner les salaires pour augmenter les prélèvements sociaux.

    Une autre éventualité se profile, celle de baisser les retraites. D’après les barêmes actuels, 40 ans de cotisations permet au personnel de partir avec une retraite équivalent à 80% de son salaire, et 30 ans de cotisations accordent 60% du salaire.

    Cette annonce du pape est un «dernier coup de bâton» dans un contexte de «déprime générale», glisse un fonctionnaire travaillant au sein du petit État depuis plusieurs décennies. «Le Vatican s’enfonce dans une gestion vers le bas», cingle-t-il, regrettant qu’il n’y ait «aucun dialogue social» sur ces questions.

    Un fonds qui fait parler de lui depuis longtemps

    Depuis plusieurs années déjà, la question des pensions était considérée comme une bombe à retardement. En juillet 2013, en pleine réforme de ses structures économiques, le Vatican avait annoncé la création d’un comité technique chargé d’étudier la situation du Fonds. En Italie, plusieurs articles de presse avaient alors évoqué l’existence d’un trou dans les caisses à hauteur de 800 millions d’euros.

    En février 2015, le conseil d’administration et les réviseurs des comptes avaient mis en avant «la solidité de la structure patrimoniale et financière» de ce fonds. Ils révélaient que son patrimoine était de plus de 477,6 millions d’euros au 31 décembre 2014, estimant qu’il devrait dépasser 504 millions d’euro fin 2015. Ils expliquaient que ces chiffres avaient été obtenus grâce à l’augmentation progressive de la quote-part des employés, parvenue à 26 % du salaire imposable, et au recul de l’âge de la retraite – 67 ans désormais pour un laïc.

    En publiant le bilan financier du Saint-Siège sur l’année 2021, le secrétariat pour l’Économie informait que le Fonds de pension représentait un passif net de 631 millions d’euros – et d’1 milliard en ajoutant le personnel du vicariat de Rome et du Gouvernorat de la cité du Vatican.

    Appel à se serrer la ceinture

    Le Père Juan Antonio Guerrero, alors préfet du secrétariat, prévenait que ce fonds n’était pas suffisamment doté au regard des obligations futures, et devait nécessiter de « mesures correctives». Il estimait que le Saint-Siège ne pouvait pas se contenter «d’un palliatif à court terme» en allouant plus d’argent pour combler les manques comme par le passé. Il laissait entendre qu’il faudrait probablement promettre «moins de prestations» à l’avenir.

    Dans un motu proprio publié le 19 avril dernier, François avait abrogé l’article 35 du règlement du Fonds de pension. Cet article établissait le droit d’une personne condamnée par une sentence pénale ou canonique définitive pour délit contre le Saint-Siège à recevoir le règlement de sa retraite en une prestation unique.

    La nouvelle demande du pape s’inscrit dans la politique de réduction de dépenses et du contrôle drastique des budgets des entités vaticanes par le secrétariat pour l’Économie. En 2022, celui-ci indiquait que le Saint-Siège devait chaque année se séparer «de 20 à 25 millions d’actifs» pour pouvoir équilibrer les comptes.

    Le 16 septembre dernier, le pape a annoncé aux cardinaux la réduction de leurs salaires. Pour le pontife, l’heure est à l’austérité. Malgré les protestations de l’Association des employés laïcs du Vatican, lors d’une audience le 31 octobre, il enjoignait le dicastère pour la Communication à se serrer la ceinture. (cath.ch/imedia/ak/mp)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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