Reforme agraire au Brésil: sombres perspectives (171088)
Genève, 17octobre(APIC) "La nouvelle Constitution brésilienne n’offre pas
de perspectives de réforme agraire et la Nouvelle République fait preuve de
mauvaise volonté sur cette question essentielle pour l’avenir du peuple
brésilien". Ce diagnostic est posé par le Père Joaquin Van Leeuwen, coordinateur de la Commission pastorale (CPT) du diocèse de Nova Friburgo (Etat
de Rio). Il était l’invité en fin de semaine dernière de Terre des HommesGenève, de la Ligue Internationale pour le droit et la libération des
peuples, et du Comité de solidarité avec le peuple brésilien.
Alors que l’avènement d’un régime démocratique au Brésil, après plus de
20 ans de dictature, laissait espérer une réforme agraire, le Brésil se
retrouve aujourd’hui à la case départ, affirme le Père Van Leeuwen. Son regard sur la situation rejoint celui posé par nombre d’observateurs, notamment par Mgr Tomas Balduino, évêque de Goias (Région centrale du Brésil).
Tous s’accordent à dire que les grands propriétaires, pour protéger leurs
intérêts, ont réussi à faire capoter les timides promesses faites lors de
l’élection présidentielle de Tancredo Neves.
Ainsi, explique le coordinateur de la CPT, l’Institut national de la
réforme agraire a tout simplement été supprimé. Et les paysans se retrouvent dans l’obligation de défendre le peu de terres qu’ils possèdent, ou de
se battre pour en acquérir. De plus, ils doivent faire face aux éternelles
violences entretenues par les latifundistes et leurs organisations para-militaires. Quant aux meurtres, dénonce-t-il, "il restent le plus souvent impunis, comme dans le cas de l’assassinat du Père Josimo Roseao Tovares ou
le coupable est pourtant identifié".
En réalité, le Brésil aurait bien besoin d’une réforme agraire, avec ses
12 millions de paysans sans terre alors même que près du 83% de celles-ci
sont possédées par 7% de la population seulement. Il en aurait d’autant
plus besoin que les répercussions entraînent pour les villes une montée de
la violence avec son cortège de crimes et de vols. Selon le Père Van Leeuwen, les paysans ne peuvent compter que sur leur détermination pour imposer une réforme agraire. Même si certaines solidarités se manifestent, en
particulier de la part des partis de gauche, des ouvriers des grandes villes et des Eglises. Dans son diocèse, témoigne-t-il, des processions pour
la défense ou l’occupation de terres sont régulièrement organisées. Elles
rassemblent plusieurs milliers de personnes, et des communautés de base
(120.000 dans le pays) permettent une jonction entre les paysans et les
ouvriers des villes.
Conflit à propos du découpage de l’archidiocèse de Sao Paulo
Autre chapitre abordé par le Père Van Leeuwen et qui fait grand bruit au
Brésil: le découpage de l’archidiocèse de Sao Paulo. Selon lui il est une
source de conflit entre l’Eglise catholique brésilienne et le Vatican. Le
découpage de ce diocèse, le plus grand du monde avec à sa tête le cardinal
Paulo Evaristo Arns, bien connu pour son combat en faveur des pauvres, est
contesté par plusieurs évêques brésiliens, dont le cardinal. Ces derniers
craignent une remise en question du travail réalisé auprès des populations
défavorisées. Le Père Van Leeuwen s’est encore élevé contre la mesure de
silence imposé par Rome à Mgr Pedro Casaldaliga, évêque de Sao Felix do
Araguaia. La mesure disciplinaire prise contre Mgr Casaldaliga, un des fondateurs de la CPT, a ainsi fait l’objet d’une motion de solidarité. Signée
par les participants à la fin de l’exposé, elle sera envoyée à l’évêque de
Sao Felix do Araguaia. (apic/pp/pr)