Réflexions sur le Jeûne fédéral (040990)
Evelyne Graf/Apic
Fribourg, 4septembre(APIC) Nous vivons dans un temps de violence et d’indifférence croissantes face à la détresse des autres. Il n’y a qu’à ouvrir
le journal: un automobiliste dépassant un groupe de cavaliers est brutalisé
sans motif par l’un d’entre eux. Lorsque l’automobiliste veut discuter avec
son agresseur, il est tellement battu qu’il doit être conduit à l’hôpital.
Ou bien une personne âgée est blessée en plein après-midi par un jeune qui
lui donne un coup de poing au visage sans raison apparente. L’appel à l’aide de son épouse se heurte à la froide indifférence des passants. Ces exemples ne sont pas des cas isolés, ils révèlent un état d’esprit qui voit
grandir d’un côté la brutalité, de l’autre l’indifférence à la souffrance
d’autrui. Pour trop de gens aujourd’hui, le bon Samaritain est mort.
La malhonnêteté, la ruse, l’immoralité et les scandales font partie de
la vie sociale, familiale, politique et économique. L’intégrité, le sentiment de la responsabilité personnelle et la reconnaissance ne vont pas de
soi. La polarisation dans l’Eglise et la société engendrent l’insécurité.
Le taux élevé de suicides dans notre pays fait frémir... Tout cela - et la
liste pourrait s’allonger - invite à la réflexion. Réflexion sur les valeurs chrétiennes fondamentales comme le respect de la liberté et la dignité de la personne humaine, l’amour, la vérité, la paix, la justice et la
solidarité. Réflexion aussi face à l’avenir, que l’on voudrait possible
pour nous et nos enfants, dans un environnement sain, dans une Suisse qui
apporte sa contribution à la construction d’une Europe unie et d’un monde
solidaire qui pratique un commerce juste et honnête.
Le Jeûne fédéral - que célèbrent les Eglises chrétiennes et la plupart
des communautés juives chaque année le troisième dimanche de septembre
(cette année le 16) nous offre une chance unique de prendre une nouvelle
orientation et d’engager une nouvelle réflexion. Le Jeûne fédéral a une
longue tradition et connaît aujourd’hui un regain d’intérêt auprès de particuliers et de groupes pour lesquels la promotion et le renforcement des
valeurs éthiques dans notre pays fait partie des préoccupations
prioritaires, notamment auprès de la "Commission pour le Jeûne fédéral 91"
de la Communauté de travail des Eglises chrétiennes en Suisse (CTEC).
Le Jeûne fédéral précurseur d’une pensée oecuménique
Quand la diète, le 1er août 1832 à Lucerne, désigna le troisième dimanche de septembre comme journée nationale annuelle de jeûne, de prière et
d’action de grâce, c’était le résultat d’un long processus qui a finalement
abouti à un consensus malgré les divisions confessionnelles : les catholiques, par exemple, avaient accepté la journée de prière réformée, qui était
devenu en 1796 déjà une fête fédérale. Une année plus tard, les réformés
consentirent à célébrer le Jeûne fédéral non plus un jour de semaine, suivant leur tradition, mais le dimanche, selon le voeu des catholiques.
Gottfried Keller écrivit dans un de ses célèbres mandements du Jeûne fédéral: "Lorsque nos ancêtres ont introduit le Jeûne fédéral, ils l’ont fait
dans l’esprit de cette unité de la foi élevée qui est au-dessus des confessions...". Cette "unité de la foi élevée" a rendu possible une conscience
nationale suisse s’enracinant dans le symbole représenté par le serment du
Grütli. Le rite du serment, habituel dans la tradition judéo-chrétienne
lors de promesses importantes, éveille chez ceux qui le prononcent un
sentiment de sincérité absolue, de loyauté et de responsabilité fraternelle
face à Dieu.
Ainsi le Pacte de 1291 commence solennellement par les mots "Au nom du
Seigneur, Amen". De même aujourd’hui notre Constitution suisse, dans le but
de fortifier l’alliance des Confédérés, commence par ces paroles "Au nom de
Dieu tout puissant"
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
La conscience de notre unité nationale et religieuse s’affaiblit dans la
société pluraliste et sécularisée où nous vivons aujourd’hui, et peu nombreuses sont les personnes qui attendent encore quelque chose d’une journée
de prière, de pénitence et d’action de grâces. Mais depuis quelques années
cependant, des tentatives sont faites pour renouveler le Jeûne fédéral et
le vivre de façon plus active.
En 1985, 130 groupes se sont réunis pour la première fois lors de l’action oecuménique commune "Prier ensemble pour notre pays" à l’occasion du
Jeûne fédéral. La "Commission pour le Jeûne fédéral 91" de la Communauté de
travail des Eglises chrétiennes en Suisse (CTEC), dans laquelle sont représentées actuellement huit confessions, est en train notamment d’élaborer un
appel commun. Les gens seront invités à faire un examen de conscience et à
modifier leur comportement personnel à partir de ces questions: Où en sommes-nous aujourd’hui ? Par quelles valeurs devons-nous nous laisser diriger
en tant qu’individus et communautés, afin que notre peuple puisse vivre
conformément aux défis de notre époque ? Ce n’est pas seulement lors du
Jeûne Fédéral 1991, mais dès maintenant qu’il faut libérer notre façon de
vivre d’attitudes égoïstes et destructives.
Le médecin et écrivain Paul Tournier, qui a vécu de 1898 à 1986 à Genève, a écrit que quelque chose doit changer en ce monde. Mais cela ne peut
se faire que par des hommes qui deviennent eux-mêmes autres. Mais quand un
homme se transforme sous l’influence de la grâce, ce n’est pas seulement
son âme qui change, mais aussi tous ses faits et gestes. Il se sent soudainement libéré de vieilles habitudes qui le maintenaient prisonnier. Il se
voit délivré de l’amertume et des remords qui le rongaient. Il se trouve
incapable de perpétrer les injustices qu’il commettait inconsciemment. Il
est prêt aux sacrifices demandés par sa foi. (kipa/eg/cor/gs)
Réflexions du pasteur Rusterholz pour le Jeûne fédéral 1990
En 1796 déjà, puis définitivement en 1832, l’ancienne journée de prière et
de pénitence de l’Eglise réformée fut déclarée par la diète jour de Jeûne
fédéral. Je me réjouis de la décision des autorités de l’époque d’inviter
les citoyennes et citoyens à montrer leur reconnaissance pour notre
héritage chrétien et à en tirer des forces pour la vie en communauté. Je
souhaite à nos autorité d’aujourd’hui le même courage, c’est-à-dire
qu’elles affirment que notre pays se donne son ordre au nom de Dieu, qui a
fait alliance avec les hommes par l’intermédiaire de Jésus-Christ. Le Jeûne
fédéral est pour moi l’occasion de remercier Dieu pour les libertés dont
nous jouissons. Puisse-t-il devenir pour nous tous une journée de réflexion
sur le fondement chrétien qui nous soutient également lorsque notre avenir
est incertain.
Pasteur Heinrich Rusterholz, président de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse, Berne.
Réflexion de Mgr Joseph Candolfi pour le Jeûne fédéral 1990
Chaque année à l’occasion du Jeûne fédéral, les évêques suisse s’adressent
aux catholiques de notre pays dans une lettre pastorale commune. Cela montre l’importance que nous attribuons à cette Journée : c’est un jalon important pour l’unité de l’Eglise dans notre pays. C’est également le jour
qui nous permet, avec l’ensemble des Suisses et des Suissesses, d’exprimer
notre reconnaissance pour tout le bien qui nous est offert et de réfléchir
à une conversion toujours à nouveau nécessaire. La lettre pastorale de cette année a pour thème "être chrétien - rendre témoignage". Face aux menaces
et à l’insécurité causées par la crise qui s’est développée de façon dramatique ces dernières semaines, le Jeûne fédéral de cette année, comme jour
de silence et de recueillement, a pour moi un sens encore plus profond et
une signification encore plus importante que les années précédentes.
Mgr Joseph Candolfi, président de la Conférence des évêques suisses,
Soleure.