Mêlant confidences personnelles et recommandations, Léon XIV a exhorté «à résister à la tentation de préparer les homélies avec l’intelligence artificielle», lors d’un échange au Vatican avec les prêtres de Rome, le 19 février 2026. Il a insisté sur la nécessité de fuir la négativité, afin d’avoir une parole crédible face à la souffrance des personnes.
Dans la salle Paul VI, après un discours, l’évêque de Rome a engagé un dialogue de 45 minutes avec les prêtres de son diocèse, rendu public le 20 février. Abordant notamment la situation des prêtres âgés, de plus en plus nombreux en Europe alors que les vocations sacerdotales sont en baisse constante, le pape a estimé que tous devaient «se préparer dans la vie […] à pouvoir accepter, lorsque le moment arrive, l’âge, la vieillesse, la maladie, et la solitude».
Il a conseillé pour cela d’entretenir «un certain esprit de gratitude». A contrario, le pape a pointé du doigt ceux qui «vivent avec une certaine amertume, jamais satisfaits de rien». Il a souligné la responsabilité des catholiques d’être «les premiers témoins du fait que la vie a une valeur immense».
Pour le pape, combattre la négativité est en effet un véritable enjeu alors que de nombreux pays débattent sur «l’euthanasie» comme remède à la souffrance de personnes malades. «Si nous sommes nous-mêmes si négatifs par rapport à notre vie, avec parfois moins de souffrance que celles de tant de personnes, comment pouvons‑nous leur dire: ‘Non, tu ne peux pas mettre fin à ta vie, tu dois accepter’?» a-t-il lancé, taclant en filigrane la tentation de s’ériger en donneur de leçon.
A la rencontre des jeunes et de sa communauté paroissiale
Dans cet échange, le pontife a aussi évoqué la situation des jeunes d’aujourd’hui, qui grandissent dans des familles marquées par «l’absence du père, des parents divorcés, des remariages» et qui sont confrontés à «la dépendance à la drogue, la délinquance». Le pape s’est préoccupé pour ceux qui vivent «un isolement, une solitude incroyable», aggravés par «le fameux smartphone, que probablement tous portent aujourd’hui dans leur poche».
Il a incité les prêtres à «être proches d’eux» et à offrir aux jeunes «un modèle de vie» fondé sur l’amitié avec Jésus. À l’ère de la sécurisation où les paroisses se désertifient, il a exhorté à aller à la rencontre de la jeunesse «dans la rue», et à leur proposer «différentes activités» comme le sport, l’art, ou la culture.
Répondant à une question sur les priorités de la pastorale, le pape a affirmé qu’il s’agissait avant tout de «vraiment connaître la communauté que l’on est appelé à servir». Et de confier sur un ton personnel: «J’ai vécu à Rome pendant quatre ans dans les années 80, puis pendant douze ans de 2000 à 2012-13, et maintenant depuis trois ans, et chaque fois que je reviens à Rome, en un certain sens, je trouve une autre Rome. […] Les rues sont les mêmes, les nids-de-poule aussi, mais la vie a tellement changé.»
Prendre la mesure de l'IA et de TikTok
Le pape a abordé une nouvelle réalité désormais incontournable, dont il a fait l’une des préoccupations de son pontificat: l’intelligence artificielle. Il a invité ses prêtres «à résister à la tentation de préparer les homélies avec l’intelligence artificielle». Et de souligner au passage que le cerveau humain, comme tous les muscles, devait être utilisé pour ne pas «s’atrophier».
«L’intelligence artificielle ne pourra jamais partager la foi», a martelé Léon XIV. Il a aussi mis en garde contre l’utilisation de TikTok, visant en particulier les prêtres influenceurs qui s’attribuent le mérite de leurs nombreux followers et likes. «Si nous ne transmettons pas le message de Jésus-Christ, peut-être que nous nous trompons», a-t-il glissé.
Plus loin, le pape a taclé à nouveau l’invasion du monde numérique, en mettant en garde contre la tendance à se décharger sur les laïcs des visites pastorales, notamment auprès des malades. «Cela ne signifie pas que le prêtre peut rester à la maison à regarder internet, pendant que les autres visitent», a-t-il lancé.
L’envie et la solitude des prêtres
En des termes proches de son prédécesseur François, le pontife américano-péruvien a dénoncé l’invidia clericalis (l’envie cléricale), c’est-à-dire la tendance à jalouser un confrère qui serait nommé à une charge plus prestigieuse. Il y a vu «l’une des ‘pandémies’ du clergé à l’échelle universelle», menant à la détérioration des relations entre prêtres.
Pour lutter contre la solitude des prêtres, il les a invités à prendre l’initiative de rencontres régulières entre eux, plutôt que de rester «assis ici à dire: ‘Personne ne vient me voir’». Il a suggéré que ces temps conviviaux se déclinent par un moment d’étude, de prière, «et puis un bon repas». «Le curé avec la meilleure cuisinière peut inviter les autres», a-t-il plaisanté.
Dans la vie quotidienne, le pape a par ailleurs invité à ne pas confondre la prière avec «la routine de réciter le bréviaire le plus vite possible». Il a aussi recommandé l’étude «continue». Et de déplorer: «[J‘ai entendu] quelqu’un me dire […]: ‘Je n’ai plus ouvert un livre depuis que je suis sorti du séminaire’. Mon Dieu – ai-je pensé – quelle tristesse! Et combien c’est triste pour ses fidèles, qui doivent écouter ‘Dieu sait quoi’». (cath.ch/imedia/ak/lb)