Rassemblement oecuménique mondial pour la justice, la paix (150290)
Les Eglises suisses partie prenante
Berne, 15février(APIC) Plus de 800 personnes, sans compter les journalistes, participeront, du 5 au 12 mars, au Rassemblement mondial pour la justice, la paix et la sauvegarde de la création (JPSC) à Séoul. Cet événement
ne laisse pas indifférent les Eglises de Suisse, encore marquées par les
impulsions nées du grand rassemblement oecuménique européen "Paix et Justice" en mai dernier à Bâle. Ce jeudi à Berne, elles ont expliqué ce qui est
en jeu à Séoul et le pourquoi de la non-participation de l’Eglise catholique en tant que co-invitante de cette assemblée convoquée par le Conseil
oecuménique des Eglises (COE) à Genève.
A Séoul, il y aura 500 délégués votants, dont 300 représentants officiels des Eglises membres du COE, d’autres Eglises, de mouvements oecuméniques, ainsi que des invités, conseillers et représentants d’autres religions. L’Eglise catholique ne sera représentée que par 20 observateurs sans
droit de vote. A l’ordre du jour du rassemblement, les menaces qui pèsent
sur la planète seront analysées et les délégués des Eglises tenteront de
dépasser leurs différences pour s’engager concrètement en faveur du désendettement du tiers-monde, de la démilitarisation et de la lutte contre
"l’effet de serre".
"Pas un programme politique"
Vice-présidente du COE et présidente du Comité préparatoire du Rassemblement, la Suissesse Marga Bührig a souligné que le document de Séoul, intitulé "Entre le déluge et l’arc-en-ciel", n’était pas "un programme politique" ou un document de l’ONU, mais une interpellation de chrétiens à
chrétiens, devant une crise profondément spirituelle, qui met chacun face à
sa propre responsabilité. Face à la crise actuelle du monde, il faut renouveler l’Alliance avec Dieu. A Séoul, il s’agira non seulement de réfléchir
dans les groupes de travail, mais également de participer à un événement
religieux, ponctué de sept moments liturgiques inspirés de la cérémonie de
renouvellement de l’alliance décrite par Josué dans son livre.
Le Père Roland B. Trauffer, secrétaire de la Conférence des évêques
suisses (CES), a rappelé que l’Eglise considère que les problèmes traités à
Séoul "sont au coeur de toute préoccupation chrétienne sincère". Au sein de
l’Eglise catholique, les Conseils pontificaux "Justice et Paix" et "Cor Unum" ont reçu mission de favoriser la mise en oeuvre de la charité évangélique. Le récent message du pape Jean Paul II pour la journée mondiale de la
paix a insisté particulièrement sur le lien entre paix et création. Il n’a
donc pas fallu attendre le programme JPSC pour se persuader du lien étroit
entre la promotion humaine et l’évangélisation, qui est la mission propre
de l’Eglise.
A part le rassemblement de Bâle, l’Eglise catholique a participé à
d’autres rencontres du même genre dans le Pacifique, aux Caraïbes et au
Moyen-Orient. Elle a collaboré pleinement à la préparation de Séoul, tout
en n’étant pas co-invitante, "et elle s’est engagée sans doute plus que
n’importe quelle autre Eglise du COE". Elle finance d’ailleurs 10 % des
frais globaux de Séoul, a-t-il souligné.
Divergences ecclésiologiques
Evoquant la participation des Conférences épiscopales d’Europe, à l’égal
des Eglises protestantes et orthodoxes européennes au Rassemblement de Bâle, le P. Trauffer a relevé que "ce qui est possible et même réalisé sur le
plan local, national ou régional dans ce processus JPSC, paraît plus difficile au niveau mondial". Il y a d’abord la différence de nature entre
l’Eglise catholique d’une part et le COE d’autre part, qui est un Conseil
d’Eglises. Nicolas Buttet, délégué du Vatican au COE pour Séoul, a souligné
la nécessité du témoignage commun des chrétiens dans le domaine de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création (JPSC), face à la crise du monde actuel: "JPSC devient un moyen pour dire Jésus-Christ dans le
monde d’aujourd’hui... ce n’est pas un but en soi". Le P. Trauffer a d’ailleurs cité l’archevêque russe orthodoxe Cyrille, qui, à Bâle, avait également insisté pour que le processus JPSC ne devienne pas une fin en soi.
N. Buttet a également relevé qu’il y avait eu une certaine précipitation
dans la préparation du document de Séoul, et que l’Eglise catholique avait
eu des difficultés sur certains points (problèmes liés à la Trinité, au
christocentrisme, à la notion d’Alliance, à la conception de l’Eglise, au
problème de la conversion personnelle, etc.). Comme il n’a pas été possible
d’aplanir ces divergences, a affirmé le P. Trauffer, il est apparu plus juste - mais aussi plus douloureux - de respecter le choix du COE dans
l’orientation choisie pour ce Rassemblement et de ne pas être votant à Séoul.
N. Buttet a aussi expliqué qu’à la différence de Bâle, la préparation de
Séoul a été très difficile, car les pays du tiers-monde ont amené leurs
problématiques propres (des "revendications légitimes, mais dures", a-t-il
précisé) qu’il n’a été simple d’assumer en l’espace d’un an. D’autre part,
à Bâle, le Conseil des conférences épiscopales d’Europe (CCEE) participait
à 50 % et avait un droit de veto, ce qui lui permettait d’avoir plus d’influence. Les conférences épiscopales ont aussi une autonomie, ce qui leur a
permis à Bâle de s’engager. Par contre, lorsque l’on engage l’Eglise catholique universelle, relève-t-il, on engage l’autorité même du pape et qu’à
ce niveau, il n’y a pas de "compromis pastoral", dans la mesure où cela est
possible au niveau pastoral pour les Conférences épiscopales. (apic/be)
Encadré
Les participants suisses
Les délégués suisses, qui représentent la Fédération des Eglises Protestantes de la Suisse (FEPS), sont Madeleine Strub-Jaccoud, coordinatrice du Comité oecuménique suisse JPSC, et le pasteur Pierre Genton, membre du Conseil de la FEPS. Le théologien réformé Lukas Vischer ainsi que Mme Brigitte
Sigrist, de l’Eglise méthodiste, y participeront également à titre
d’invités. Parmi les vingt consulteurs catholiques romains figurent trois
personnalités genevoises : Mgr Amédée Grab, évêque auxiliaire du diocèse de
Lausanne, Genève et Fribourg, Nicolas Buttet, collaborateur du bureau JPSC
du COE et Patrick de Laubier, professeur de sociologie à l’Université de
Genève. (apic/be)