Rapport sur la liberté religieuse en Afrique (090493)
Bruxelles, 9avril(APIC) Le Soudan, la Mauritanie, le Maroc, l’Egypte et
le Nigéria sont les cinq pays d’Afrique où la liberté religieuse est la
plus menacée. Ce diagnostic vient d’être posé par "Droits de l’homme sans
frontières", dans un rapport spécial diffusé à Bruxelles et réunissant les
conclusions d’une enquête menée dans 30 pays africains.
Selon l’organisation, le droit de changer de religion et celui de la
propager sont les deux libertés individuelles les plus bafouées. La liberté
d’organisation des communautés religieuses et la liberté de culte sont également mises à rude épreuve par un certain nombre d’Etats, à cause de guerres civiles endémiques à connotation religieuse et d’accès de violence engendrée par des conflits interreligieux. La discrimination fondée sur la
religion est la règle (à des degrés divers) dans la plupart des pays musulmans, dont un seul, le Sénégal, est présenté comme un modèle de tolérance.
En Mauritanie et au Soudan, soutient le rapport, l’abjuration de l’islam
est punissable de la peine de mort. Au Maroc, son rejet public est passible
d’une peine de prison assortie d’une amende. En Egypte, si la Constitution
ne contient aucune disposition particulière, l’apostasie entraîne un certain nombre de conséquences, dont des mesures discriminatoires figurant
dans le Code civil (divorce de l’apostat, même contre son gré, perte du
droit d’hériter de parents musulmans, retrait de la garde des enfants...).
Le prosélytisme est punissable de la peine de mort au Soudan et d’une
peine de prison assortie d’une amende au Maroc; il est interdit en Mauritanie, aux Conores, en Somalie et en Tunise; fortement déconseillé à Djibouti
et au Niger. S’il n’est pas officiellement interdit en Egypte, il peut en
revanche y être réprimé, en application de la loi martiale, comme un acte
menaçant de troubler l’ordre public.
Tensions et pressions
les entraves à la liberté de culte et les pressions contre les religieux
figurent également en bonne place dans le rapport. Le Malawi s’est notamment signalé en mars 1992 par une ingérence caractérisée dans les affaires
de l’Eglise catholique. La police avait arrêté et interrogé pendant huit
heures les huit évêques catholiques qui avaient dénoncé l’injustice, la
corruption et le népotisme. Au Soudan, les activités religieuses des chrétiens et des prêtres sont étroitement surveillées; des missionnaires et des
religieuses ont été expulsés. En Egypte, les confessions religieuses non
musulmanes voient leur liberté de culte sérieusement menacée par des disposition les empêchant de construire, de réparer ou d’agrandir leurs lieux de
cultes ou autres bâtiments à vocation religieuse. Des difficultés de ce type sont en outre constatées en Mauritanie et au Ghana.
Un autre phénomène fait toutefois sérieusement obstacle à la liberté de
culte, indique le rapport de "Droits de l’homme sans frontières": les conflits religieux. Attentats et incendies des églises coptes en Egypte; églises luthériennes incendiées et pillées en 1992 en Ethiopie; mosquées et
biens appartenant à des musulmans endommagés; graves tensions et violences
"inouïes" entre chrétiens et musulmans au Nigéria, c’est-à-dire entre les
deux plus importantes communautés religieuses du pays. Les églises chrétiennes sont devenues des cibles privilégiées. Sans parler des guerres civiles au Liberia, en Somalie et en Ethiopie, qui portent atteintes à la liberté de culte.
Appels tous azimuts de l’organisation
"Droits de l’homme sans frontières" lance un appel aux autorités des
pays concernés, leur demandant d’adapter d’urgence certains aspects de
leurs législations respectives touchant le domaine religieux, ainsi que
leur politique à l’égard de leurs minorités religieuses; d’abolir la peine
de mort là où elle existe, pour les cas de prosélytisme et d’apostat; la
dépénalisation du prosélytisme ailleurs; de prendre un certain nombre d’autres mesures pour tenter d’harmoniser l’entente entre les différentes communautés religieuses. L’Organisation s’adresse également à l’ONU, à la CEE
et aux organisations humanitaires pour qu’elles subordonnent leurs efforts
de coopération à la volonté des Etats incriminés d’améliorer la situation
et la liberté religieuse. Un appel enfin lancé en direction des chefs religieux, les invitant à promouvoir la tolérance chez leurs fidèles. (apiccip/pr)