Rapport de Caritas Suisse sur les requérants d’asile (050691)
Lucerne, 5juin(APIC) Avec le slogan "1991, les réfugiés aussi", les oeuvres suisses d’entraide entendent manifester leur volonté de placer la
journée des réfugiés du 15 juin et le dimanche des réfugiés des Eglises du
16 juin dans le contexte de l’année jubilaire 1991. Pour marquer ces deux
dates, Caritas Suisse, dans un rapport, attire l’attention sur un certain
nombre de problèmes dans le domaine de l’asile, et constate une aggravation
de la situation qui confronte les oeuvres d’entraide à un grand nombre de
difficultés.
L’an dernier, environ 36’000 personnes ont demandé l’asile à la Suisse,
soit 12’000 de plus qu’en 1989. Seul un petit nombre d’entre eux, 5% en
Suisse, peuvent prouver qu’il en va de leur sécurité personnelle et ainsi
être reconnus comme réfugiés. Ces personnes fuient les conflits armés en
tant que réfugiés de la violence (Kurdes, Tamouls, Libanais) ou fuient des
conditions d’existence économiques et sociales insoutenables en tant que
réfugiés de la pauvreté.
Selon Caritas, la problématique des réfugiés de la pauvreté ne se résoud
pas par des mesures de politique d’asile. Elle représente plutôt un problème d’ordre mondial en raison du fossé Nord-Sud. Un problème auquel il convient de remédier en faisant appel à la responsabilité et à la solidarité
internationales. La 3e révision de la loi sur l’asile offre aux réfugiés de
la violence la possibilité d’un accueil provisoire en groupe, dit Caritas.
Pour cette dernière, cette nouvelle réglementation facilite considérablement la procédure d’asile et représente en même temps une solution humaine
en faveur des requérants d’asile concernés.
C’est une des raisons qui a poussé Caritas Suisse à saluer la révision
de la loi sur l’asile, Caritas qui rappelle par ailleurs avoir soutenu les
efforts portés sur l’accélération de la procédure d’asile afin de diminuer
le nombre de demandes en souffrance, tout en réclamant en même temps une
plus grande transparence et une amélioration de la protection juridique,
comme l’introduction d’une instance de recours, par exemple.
5’100 requérants, 38 centres
Même si les collaborateurs et collaboratrices de Caritas rencontrent un
soutien de plus en plus actif et une compréhension grandissante à l’égard
de leur travail sur le terrain, note l’oeuvre d’entraide catholique, force
est de constater que la xénophobie connaît une recrudescence dans certaines
couches de la population suisse.
Sur demande des cantons concernés, Caritas s’est occupé l’an dernier de
5’100 requérants d’asile qui ont passé par l’un ou l’autre de ses 25 centres, 11 foyers et deux dortoirs provisoires répartis dans les cantons
d’Obwald, de Schwyz, de Lucerne, de Berne, de Soleure, de Saint-Gall et
d’Appenzell Rhodes-Extérieures. De plus en plus de familles nombreuses
d’origine yougoslave, turque et roumaine entrent en Suisse. La plupart des
hommes et femmes célibataires viennent du Liban, du Sri Lanka, de l’Inde,
du Pakistan et de l’Iran.
Or, remarque Caritas, il s’avère de plus en plus difficile d’héberger
les requérants d’asile. Les étrangers en général et les réfugiés en particulier sont les premiers touchés par la crise qui sévit sur le marché du
logement: il sont les derniers à obtenir un appartement et les premiers à
devoir le quitter en cas de nécessité, alors même que le marché du travail
profite de la présence des requérants d’asile.
Caritas ne s’engage pas seulement auprès des requérants d’asile, mais
s’occupe aussi des réfugiés qui ont obtenu le statut. Ballottés entre deux
cultures, ces derniers sont souvent confrontés à de grandes difficultés:
ils désirent certes s’intégrer à leur "nouvelle patrie", mais désirent aussi conserver leurs traditions et leur culture. Les réfugiés de la seconde
génération ont de la peine à se forger une identité, observe Caritas.
Aide aux réfugiés libériens
En raison de la politique suisse en matière d’asile, il n’est plus permis de taire le fait que les réfugiés qui viennent aujourd’hui frapper à la
porte de l’Europe et de la Suisse pour demander l’asile représentent une
infime minorité, 9 réfugiés sur 10 restent dans les pays en développement.
C’est donc le tiers monde qui porte le poids le plus lourd.
Pour Caritas, l’exemple des réfugiés libériens est significatif: jusqu’à
fin décembre 1990, le nombre de réfugiés libériens s’élevait à 750’000,
soit plus de 30% de la population du pays. 325’000 Libériens ont été accueillis en Guinée, 300’000 en Côte d’Ivoire et 125’000 autres ont trouvé
refuge dans la République de Sierra Leone, tandis que 250’000 Libériens
s’exilaient dans l’arrière-pays. Les représentants des organisations internationales se sont déclarés impressionnés par la générosité avec laquelle
la population locale des pays limitrophes a accueilli les réfugiés. Alors
qu’elle-même vit dans des conditions économiques précaires, elle a entretenu et hébergé les nouveau-venus.
En collaboration avec diverses oeuvres d’entraide, Caritas Suisse a
d’ailleurs apporté une aide d’urgence en soutenant la livraison d’aliments,
de médicaments et de vêtements, mais aussi en contribuant à la construction
de logements provisoires. (apic/com/pr)