La Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ) contribuera, avec la Conférence des évêques suisses (CES), à l’étude historique, lancée en principe en automne 2021, sur les abus dans le milieu ecclésial depuis le XXe siècle. Sa présidente, Renata Asal-Steger, revient sur les enjeux de cette démarche.
Jusqu’à présent la priorité a été donnée à la prévention et à l'intervention auprès des victimes. En outre, un fonds d'indemnisation a été créé pour les victimes dont les affaires sont prescrites, explique Renata Asal-Steger dans une interview à kath.ch
Pour la présidente de la RKZ, aujourd'hui, cependant, les signes sont favorables pour que les choses avancent et que l’on se consacre à l’étude et au traitement du passé. «L'étude est avant tout due aux victimes - sans égard pour l'image de l'Eglise. Les abus sont un côté sombre de l'Église catholique qu'elle doit affronter. Des individus qui prétendaient être au service de Dieu ont horriblement abusé de leur pouvoir envers des enfants, des jeunes et des femmes. Les responsables qui étaient au courant de ces actes ont détourné le regard et ont protégé les auteurs et l'institution au lieu des victimes.»
Tenir compte des spécificités suisses
Une étude historique est nécessaire pour tenir compte des circonstances spécifiques à la Suisse. En effet, en Suisse, les autorités des corporations ecclésiastiques jouent un rôle central dans l’engagement de personnel. «Il est clair, que la participation des conseils de paroisse ou des organes des corporations ecclésiastiques cantonales dans les questions de personnel crée une situation particulière.» La RKZ appelle dès lors les Eglises cantonales à ouvrir leurs archives, à rendre les dossiers accessibles et à soutenir l'équipe de recherche.
«Dans le cadre d'un projet pilote, il s'agit de déterminer l'état actuel du traitement qui a déjà eu lieu. Les chercheurs commenceront par obtenir une vue d'ensemble des sources, développeront une méthodologie de recherche générale et la testeront sur des cas individuels. Il est important que les chercheurs soient totalement indépendants», souligne Renata Asal-Steger.
Interroger les structures de pouvoir
Les agressions ont aussi à voir avec les structures qui régulent le partage du pouvoir en Eglise, note enfin la présidente de la RKZ. «Les agressions sexuelles sont une forme d'abus de pouvoir et sont donc également liées aux structures qui régissent la gestion du pouvoir; à la compréhension des fonctions; à la position des femmes et à la gestion de la sexualité. L'Eglise doit vraiment tirer les conséquences. Tant que le pouvoir sera purement masculin et ne sera ni partagé ni contrôlé, il y aura des abus de pouvoir.» (cath.ch/kath.ch/ua/mp)