Quelle formation théologique pour le diocèse de Namur? (100691)
Déception et amertume des étudiants laïcs en théologie
Namur, 10juin(APIC) 120 étudiants de l’Association des Etudiants et Anciens du Sénevé - Centre théologique créé en 1982 par Mgr Robert Joseph Mathen, ancien évêque à Namur - se sont réunis jeudi en Assemblée générale
pour analyser les projets du nouvel évêque de Namur, Mgr André-Mutien Léonard. Ce dernier vient d’annoncer sa décision de fermer la section théologique du Grand Séminaire, décision qui a suscité de nombreux remous parmi
les professeurs et les éléves. 36 doyens du diocèse, dans une lettre
adressée au nouvel évêque, s’étaient dits étonnés de n’avoir pas été consultés.
Lors d’une rencontre le 4 juin avec les étudiants et anciens du Sénevé,
Mgr Léonard a précisé ses intentions, "qui sont en cours de négociation".
L’évêque a redit qu’il souhaite un enseignement théologique intégrant les
différentes tendances présentes dans le diocèse, en l’occurence celles de
Sénevé et de l’Ecole de la Foi. "Pour les futurs prêtres , je voudrais plus
et mieux", a insisté l’évêque qui a éclairé son projet de créer une école
cathédrale unique, dont le Sénevé et l’Ecole de la Foi deviendraient "deux
départements", de manière à promouvoir une "synergie" et un "rapprochement"
entre des programmes et des sensibilités différents.
Dans le cadre d’une telle école cathédrale, Mgr Léonard proposerait de
donner lui-même des cours de philosophie, d’inviter un professeur du Sénevé
à enseigner à l’Ecole de la Foi et inversèment, d’organiser des colloques
permettant la confrontation des positions théologiques sur un thème d’actualité, de demander aussi à tous les professeurs de synthétiser le contenu
de leur enseignement dans un syllabus. Prévoyant une période de "rodage"
d’un à trois ans, l’évêque a l’intention de suspendre provisoirement la
formation des futurs prêtres parce "qu’il y a des insuffisances dans la
pratique de la théologie".
Lacunes théologiques
Interrogé sur ces insuffisances, Mgr Léonard a précisé qu’il apprécie le
niveau intellectuel et l’engagement des professeurs du Sénevé, mais considére que leur théologie accorde trop d’importance à "la recherche de sens"
à partir des "interrogations du monde sécularisé" et "ne rend pas suffisamment ’justice’ aux points de ’certitude’ que le chrétien découvre dans la
contemplation du mystère du Christ qui éclaire notre sens". Mgr Léonard attend également des théologiens "une attitude plus positive et confiante,
une attitude d’obéissance" envers le magistère de l’Eglise ainsi qu’une articulation plus harmonieuse entre la pratique de la théologie et l’identité
sacerdotale".
Quant à l’Ecole de la Foi, l’évêque estime qu’elle "devrait apprendre à
être plus à l’écoute de la vie des gens", mais il souligne que "la théologie est beaucoup plus articulée sur le magistère de l’Eglise, sur la spiritualité, la prière, la vie sacramentelle".
La théologie est d’abord pour les prêtres
Si la théologie actuellement enseignée à Namur est insuffisante pour les
séminaristes, qu’en est-il pour les laïcs ? A cette question, Mgr Léonard
répond ainsi: "Pour les laïcs, c’est moins important. Les laïcs suivent
souvent une formation pour leur plaisir; certains pour enseigner, mais
c’est plus rare. Les prêtres, eux, sont des formateurs puissance trois".
Les propos tenus par l’évêque devant les représentants des étudiants et
anciens du Sénevé ont été minutieusement rapportés devant l’assemblée générale réunie deux jours plus tard. Ces propos ont largement déçu ceux qui
étaient venus avec l’espoir d’entendre "de nouvelles propositions". Invités
à réagir aux informations communiquées, beaucoup se sont dit "blessés,
écoeurés, dégoûtés ou encore révoltés" d’apprendre que l’évêque avait fait,
à leurs yeux, "marche arrière". Les "projets" ou "intentions" du nouvel
évêque, ont constaté certains avec amertume, sont en réalité "une ferme volonté" d’aller dans cette direction, bien que Mgr Léonard ait déclaré au
terme de la rencontre: "Si personne ne veut faire le moindre pas, il faudra
bien que j’y renonce".
Les étudiants ont été en particulier "choqués d’apprendre que leur évêque considère la qualité de la formation théologique des laïcs comme moins
importante que celle des prêtres". Les laïcs qui ont entamé un cycle de
formation au Sénevé sont en outre inquiets pour la poursuite de leurs études: l’évêque ayant arrêté la diffusion du programme déjà élaboré par le
Sévené pour la prochaine année académique, les étudiants se demandent s’ils
auront la possibilité d’y mener à terme la formation pour laquelle ils ont
passé contrat.
320 étudiants en 1990-91
Depuis sa fondation en 1982 par Mgr Mathen, le Sénevé, dont les cours
sont destinés aussi bien à la formation théologique des laïcs, des religieux et religieuses que des prêtres désireux d’une mise à jour de leur formation antérieure, a accueilli quelque 1’200 étudiants et étudiantes.
Au cours de cette année académique, quelque 230 étudiant(e)s ont fréquenté les cours à Namur et 90 à Libramont. C’est au Sénevé que les séminaristes du diocèse ont reçu ces dernières années l’essentiel de leur formation théologique. (apic/cip/ba)