Quel avenir pour les chrétiens de Terre Sainte? (090192)
Jérusalem, 9janvier(APIC) L’archevêque de Canterbury et primat de l’Eglise anglicane, Mgr George Carey, a exprimé mercredi son souci de voir les
villes de Jérusalem et Betléhem devenir une sorte de "Disneyland" pour les
chrétiens. Un souci qu’il a du reste exprimé devant le président Chaim Herzog au cours d’une visite privée à Jérusalem pour marquer le 150e anniversaire de la fondation de l’évêché anglican de la Ville Sainte.
Si Mgr Carey se déclare préoccupé par les pèlerinages incessants des
chrétiens vers les lieux saints, d’autres hommes d’Eglise de la région, à
l’instar de Mgr Lufti Laham, vicaire patriarcal grec melchite-catholique de
Jérusalem, expriment leurs inquiétudes de voir ces mêmes lieux saints se
vider de leur population chrétienne: les chrétiens de Terre Sainte ne sont
plus que 130’000 aujourd’hui sur six millions d’habitants (4 millions de
juifs et deux millions d’arabes, dont les 130’000 chrétiens).
Un souci que partage du reste Georges Harb, conseiller municipal de Betléhem depuis 8 ans déjà. Arabe palestinien, il fait partie, avec sa famille, de l’Eglise grecque melchite-catholique. Avant 1948, date de la création de l’Etat juif, commente-t-il, Betléhem comptait 90% de chrétiens et
10% de musulmans. Cette proportion a été inversée avec l’arrivée, dès
1948, de milliers de réfugiés chassés de leurs villages de Palestine, de
leur terre où ils étaient enracinés depuis des siècles.
"J’ai peur, confie à "L’Echo" (hebdomadaire catholique romand) ce conseiller municipal, qu’un jour il n’y ait plus de chrétiens à Betléhem. Car
sans sa population chrétienne... que représente Betléhem". La municipalité
de Betléhem se compose de 11 membres, dont 8 chrétiens et 3 musulmans. Mais
les choses pourraient changer lors des prochaines élections, estime Georges
Harb. "Comme à Nazareth, le maire sera probablement musulman (10’000 chrétiens pour 35’000 habitants).
Des garanties internationales...
Pour souligner la gravité de l’exode chrétien, Mgr Lufti Laham prend
l’exemple de Jérusalem, qui comptait, en 1948, 45’000 chrétiens de toutes
les communautés. Dans les années soixante, ce chiffre était tombé à 25’000.
Aujourd’hui, guère plus de 10’000 chrétiens vivent encore dans la Ville
Sainte. "Et encore ces chrétiens ne sont pas tous de Jérusalem, mais des
villages alentour".
Pour le vicaire patriarcal grec melchite-catholique de Jérusalem, "il y
a un caractère international à Jérusalem, car elle est la ville sainte non
seulement pour les 4 millions de juifs qui y vivent, mais pour les 14 millions de juifs dans le monde; elle est la ville sainte non seulement pour
les 130’000 chrétiens qui y vivent, mais pour 1,3 milliard de chrétiens
dans le monde entier; elle n’est pas seulement la ville sainte pour environ
2 millions d’Arabes musulmans qui y vivent, mais pour les 850 millions de
musulmans dans le monde". Ce qu’il faut, dit-il encore, ce sont "des garanties internationales afin que tous les juifs, les chrétiens et les musulmans du monde entier se sentent concernés par l’avenir de Jérusalem".
(apic/e/ej/pr)