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    présidentielles du 19 mars au Salvador ?

    Que changeront les élections (050289)

    Le Père Ignacio Martin Baro fait le point

    Bruxelles, 5février(APIC/CIP) Le Père Ignacio Martin Baro, de

    l’Université Centro-Américaine tenue par les jésuites à San Salvador, était

    de passage à Bruxelles au début du mois de février. Il y a fait le point,

    devant les journalistes, sur la situation de son pays à un bon mois des

    élections présidentielles qui auront lieu au Salvador le 19 mars.

    A l’heure actuelle, nul ne peut prédire une victoire d’un des deux

    grands partis qui s’affrontent : la Démocratie Chrétienne du président Napoleon Duarte ou le parti d’extrême-droite Arena. On ne sait pas s’il

    faudra un ou deux tours de scrutin. Et nul ne peut prévoir le comportement

    des électeurs qui préféreront une perspective plus résolue de changement,

    en donnant leur voix au regroupement de forces politiques que représente la

    Convergence Démocratique. Mais surtout, ajoute le Père Baro, il faut se

    garder de croire que les élections entraîneront automatiquement un changement de situation pour le pays.

    Une crise multiforme

    En prévision des élections, le Front Farabundo Marti de Libération

    Nationale (FMLN) a fait une proposition très précise de négociations aux

    partis politiques. La reprise ou non de la guerre civile qui mine le pays

    depuis dix ans dépendra de la réponse qui sera apportée par le vainqueur

    des élections : acceptera-t-il de traiter avec les révolutionnaires, qui

    bénéficient d’appuis de plus en plus larges dans la population ?

    Avant de supputer les résultats du scrutin de mars, il vaut mieux observer la crise multiforme qui secoue aujourd’hui le Salvador, a fait

    remarquer le Père Baro. Au plan social et économique, la grande majorité de

    la population a vu sa situation se détériorer : le chômage et le sousemploi touchent 60% de la population active; les dégâts dus à la guerre civile se chiffrent en millions de dollars; les aléas climatiques sont aussi

    responsables de mauvaises récoltes... Bref, l’angoisses augmente dans la

    population.

    La crise est aussi militaire. Le FMLN a nettement accru ses moyens de

    guérilla. Et il a réussi ces derniers mois à s’en prendre à des bases

    stratégiques des forces armées gouvernementales, jusqu’à des attaques contre l’Etat-Major ou une base aérienne. Impuissants à combattre efficacement

    la guérilla, les militaires sont davantage frustrés. Mais cette impuissance

    excite aussi les groupes paramilitaires. Les escadrons de la mort assassinent ou torturent aussi bien des paysans que des militants universitaires,

    des syndicalistes que des animateurs de communautés chrétiennes.

    Sur le plan politique, il est manifeste que la victoire électorale

    obtenue l’an dernier aux législatives par Arena a signifié une "sanction"

    contre la Démocratie Chrétienne, accusée de n’avoir pas tenu ses promesses

    notamment pour un redressement de l’emploi. Et si l’extrême-droite, alliées

    aux grands possédants, a déjà été compromise dans plusieurs affaires de

    corruption et d’assassinat (celui de Mgr Romero en mars 1980 notamment),

    elle a désormais les moyens de dénoncer aussi la corruption chez ses

    adversaires démocrates-chrétiens.

    Quels scénarios ? Quels appuis ?

    Plusieurs scénarios sont envisageables au lendemain des prochaines élections. Et ils n’ont pas tous la même probabilité, selon le Père Baro, de

    mettre un terme à dix années de guerre civile.

    "Si Arena gagne, le parti devra rencontrer les attentes de ses supporters, proches ou partisans de la haute bourgeoisie. Mais le FMLN, avec qui

    il faudra négocier, acceptera-t-il que le pouvoir soit de nouveau occupé

    par ceux qui le détenaient avant 1979 ? Et si la Démocratie Chrétienne

    gagne, non seulement il n’y aura rien de changé, mais on pensera sans doute

    que la DC a falsifié le scrutin. En revanche, je ne vois pas réunies les

    conditions d’une insurrection populaire. Peut-être y aura-t-il, au lendemain des élections, une explosion de conflits sociaux. Mèneront-ils à un

    coup d’Etat ? A des négociations de paix ? A une autre transition ? En tous

    cas, s’il n’y a pas de solution cette année, je crains que la guerre civile

    ne se prolonge."

    Alors, de quels appuis les Salvadoriens disposent-ils pour faire évoluer

    les choses ? "Sous le président Bush, la nouvelle administration américaine

    pourrait ouvrir la porte à de véritables négociations avc le FMLN dans mon

    pays, a déclaré le Père Baro. Le Congrès américain devrait appuyer cette

    attitude plus pragmatique, surtout qu’on est conscient aux Etats-Unis que

    les 13.000 millions de dollars fournis au Salvador n’ont pas permis de

    freiner la guérilla en dix ans. mais le problème numéro un à Washington

    n’est pas celui-là : c’est le déficit budgétaire!"

    Quant à la Communauté Européenne, le Père Baro estime qu’elle pourrait

    jouer un rôle important dans son pays. "De deux manières. En apportant

    davantage d’argent pour soutenir les progrès non seulement économiques,

    mais aussi sociaux et culturels. Et en maintenant le thème de l’Amérique

    Centrale à l’agenda du dialogue - critique - avec les Etats-Unis."

    Enfin, il y a l’Eglise. "Comme telle, elle ne peut appuyer personne, a

    souligné le Père Baro. Mais elle a des sympathies évidentes avec la

    Démocratie Chrétienne. Quoique dans les communautés chrétiennes de base les

    sympathies aillent davantage vers la Convergence Démocratique, qui a

    d’ailleurs émis de sérieuses critiques à l’égard des méthodes encore

    terroristes du FMLN. A l’approche des élections, on peut donc s’attendre à

    ce que le pouvoir élu doive répondre aux exigences du peuple : en matière

    d’économie, de paix, donc de négociations avec le FMLN, et de souveraineté

    nationale.

    Depuis dix ans, le peuple du Salvador a suffisamment fait la preuve de

    sa capacité à surmonter les pires difficultés. Il a une espérance, et même

    une capacité de joie. C’est cela, la vérité de ce peuple, de sa lutte pour

    la justice, pour sa vie, pour sa dignité humaine. Mgr Romero l’avait

    compris, lui qui fut assassiné le 24 mars 1980 à San Salvador. L’an prochain, ce sera le dixième anniversaire de ce martyre. Je voudrais tant,

    comme beaucoup de mes compatriotes, que ce ne soit pas un anniversaire de

    plus, mais le début d’une résurrection." (apic/cip/bd)

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