Si la Garde suisse du pape est mondialement connue, l’existence d’une garde corse, qui a servi les pontifes au XVIIe siècle, l’est beaucoup moins. Le prochain voyage du pape sur l’île de beauté, le 15 décembre 2024, est l’occasion de rappeler les liens qui l’unissent à la papauté.
L’association de la Garde corse papale a été créée en 2014 pour faire vivre la mémoire de ce corps armé de mercenaires, à la manière des Gardes suisses. En 1606, le pape Clément VIII engage 600 Corses pour former un corps militaire, la Garde corse papale. Comme les Suisses, les mercenaires corses étaient renommés pour leur vaillance au combat, et particulièrement craints par ceux qui devaient les affronter, a raconté à I.MEDIA Iviu Pascali, président de l’association.
A cette époque, les Corses formaient aussi une importante communauté dans la ville de Rome. Ils étaient travailleurs agricoles, mais se virent vite confier des tâches militaires, notamment la surveillance des remparts de la cité.
La Garde corse n’est pas directement rattachée à la protection du pape, mais a une mission plus large. Elle surveille principalement les murs de Rome et joue aussi un rôle important dans certains territoires des États pontificaux avec des tâches de police et de douane. Les gardes corses eurent divers uniformes. Ils étaient armés d’épées, mais on se souvient surtout de la ‘corsèque’, une forme de hallebarde analogue à celle des Suisses servant à désarçonner les cavaliers.
Une communauté corse importante à Rome
Lorsqu’ils achevaient leur service, les gardes corses recevaient des terres de la part du pape et s’installèrent donc durablement dans certaines zones autour de Rome. Ils ont notamment joué un rôle important dans le développement du Trastevere, le quartier qui se trouve au sud du Vatican. On l’a appelé un temps le «quartier corse», car des milliers d’entre eux habitaient autour de San Crisogono, la paroisse des Corses.
Incident avec la France
En 1662, la Garde corse va se retrouver au cœur d’un important incident avec la France, alors dirigée par Louis XIV. Le roi cherche à s’approprier la région d’Avignon qui appartient encore au pape. En août 1662, pris à parti par les gardes de l’ambassadeur de France, les gardes corses réagissent vivement. Eclatent alors des échauffourées aux cours desquelles une quinzaine d’hommes, dont deux Corses, sont tués .
Un scandale diplomatique explose. C’était exactement ce qu’attendait le roi de France. Il accuse le pape Alexandre VII d’avoir attaqué son représentant et lui demande des réparations disproportionnées, avec notamment la condamnation à mort des Corses impliqués. Le pape fait tout, pendant deux ans, pour défendre sa garde corse mais doit finalement céder face à Louis XIV qui entre-temps a d’ailleurs annexé Avignon. Le pape, humilié, se résout à signer le traité de Pise en 1664 dans lequel il accepte de dissoudre sa garde corse.
Une partie des membres de la garde sont mis à mort sur le Campo de’ Fiori. D’autres ont réussi à fuir, et sont retournés en Corse. On sait que l’un d’entre eux est un ancêtre de Napoléon !
Si le pape avait supprimé la Garde corse, il n’allait cependant pas se passer de milliers de Corses qui étaient à son service. Il les a donc réintégrés dans d’autres unités. En 1816, quand le pape Pie VII crée la Gendarmerie vaticane, il y incorpore des Corses, qui ont continué à tenir cette fonction depuis 1664. De sorte que la Gendarmerie vaticane est l’héritière de la Garde corse. (cath.ch/imedia/cd/mp)