Prisonniers politiques au Chili: campagne en vue de leur libération(191089)
Bruxelles, 19octobre(APIC) Selon les chiffres publiés par les Eglises au
Chili, il y a actuellement 468 prisonniers politiques, dont 56 femmes, qui
purgent une peine de détention dans 32 prisons au Chili. Dans le but de
trouver en Europe des appuis pour soutenir leurs efforts en vue d’obtenir
la libération de tous ces prisonniers, une délégation chilienne de parents
de prisonniers politiques visite ces jours plusieurs capitales européennes.
Les trois quarts des prisonniers politiques ont été condamnés au Chili à
des peines de plus de 5 ans et, dans 42% des cas, les peines dépassent même
10 ans. La moitié de ces détenus croupissent en prison depuis plus de 3 ans
et, deux fois sur dix, depuis plus de 5 ans.
D’une manière générale, toute l’opposition au régime de Pinochet au Chili est d’accord pour demander qu’à partir de mars 1990, le retour à la démocratie dans le pays s’accompagne d’une libération des prisonniers politiques. Après 16 ans de régime dictatorial, l’opposition estime avoir de bonnes raisons de croire en l’élection de son candidat unique à la présidence
du pays le 14 décembre prochain. C’est donc de lui qu’on attend une mesure
de libération en faveur des prisonniers politiques.
Mais quels prisonniers politiques? La Concertation des Partis pour la
démocratie au Chili (CPPD) réclame uniquement, dans son programme de base,
la libération des "prisonniers d’opinion". Elle ne reconnaît pas comme prisonniers politiques les adversaires du régime de Pinochet qui ont été condamnés pour avoir fait "usage de la violence". Cette distinction, qui revient pratiquement à assimiler ces derniers à des criminels de droit commun, laisse songeur. Et les tortionnaires du régime de Pinochet, coupables
de milliers d’exécutions et de tortures risquent fort de se trouver en liberté sous le nouveau régime démocratique qui pourrait sortir des urnes en
décembre, alors que ceux qui se sont battus pour le rétablissement de la
démocratie continueront, eux, à croupir dans les prisons du pays.
D’un côté les "bons", de l’autre les "mauvais"’
De leur côté, les familles de prisonniers politiquent crient à la discrimination. Et les défenseurs des droits de l’homme, y compris dans
l’Eglise, leur fournissent des arguments. En mars dernier, des avocats se
sont penchés sur le problème de la définition du "prisonnier politique" que
leur soumettait un organisme coordinateur de l’aide sociale des Eglises
chrétiennes, le FASIC. Trois arguments ont alors été avancés pour exiger la
libération prochaine de tous les prisonniers politiques sans faire de discrimation entre les "bons" et les prétendus "mauvais".
Le premier argument est d’ordre moral. Décerner des brevets de "bons"
prisonniers politiques aux uns mais pas aux autres, revient à assimiler
ceux-ci, comme l’a fait Pinochet, à de vulgaires terroristes. Mais c’est
aussi refuser de voir en eux des citoyens qui se sont battus pour les
droits de l’homme au risque de leur vie et qui subissent aujourd’hui les
conséquences de cet engagement moral.
D’un point de vue politique, on fait également valoir que ceux qui se
sont opposés avec violence aux institutions de l’Etat chilien ces dernières
années ne se sont pas battus contre la démocratie, mais pour la démocratie
et contre la dictature et un régime violent et cruel.
Enfin, les avocats avancent un troisième argument, juridique celui-ci.
80% des prisonniers politiques chiliens ont été condamnés par des juridictions militaires, au mépris des règles démocratiques et des droits de défense: ici, des prisonniers ont été maintenus durant des mois au secret;
là, on a refusé à des témoins à décharge de comparaître; là encore, des
aveux ont été extorqués sous la torture; etc.
Pour le Groupement des parents des prisonniers politiques du Chili, exclure une catégorie de prisonniers politiques des mesures de libération,
c’est continuer à leur faire subir demain le poids d’une dictature à laquelle les Chiliens ont dit non. Il y a donc un enjeu de justice et de
droit de l’homme à promouvoir, soulignent des organisations d’Eglise qui
relèvent, avec les familles de détenus qu’"assimiler le problème de la violence, le droit à la vie et à la liberté avec des méthodes utilisées par
les tortionnaires et les assassins sous la dictature, c’est une erreur.
Mais aussi méconnaître qu’au Chili le respect des droits de l’homme fait
défaut et qu’il n’y a plus d’Etat de droit". (apic/cip/pr)