Prédications de carême dans une paroisse parisienne (300392)
Paris, 30 mars(APIC) Le Père Guy Bedouelle, professeur d’histoire de
l’Eglise à l’Université de Fribourg et prieur de la communauté dominicaine
de "l’Albertinum" dans la même ville donne pendant le carême, une série de
trois conférences à la paroisse Saint Ferdinand des Ternes dans le 17e Arrondissement de Paris. Le thème de ces conférences: "Après le synode des
évêques européens, à la lumière des traditions chrétiennes de l’Occident et
de l’Orient, quelles sont l’identité et la mission de l’Eglise en Europe?"
Le Père Bedouelle part du constat que depuis quelques mois, tout est
marqué du signe de l’Europe. L’approche du grand marché, renforcé par la
signature des Accords de Maastricht et aussi l’interrogation qui est née de
l’émancipation des nations dites d’Europe de l’Est lui donnent en effet une
actualité. "Qu’ils le veuillent ou non, les chrétiens sont obligés de se
situer par rapport à ce mouvement, d’autant qu’au lendemain de la seconde
guerre mondiale, ils ont été parmi les plus actifs à promouvoir l’espoir
d’une reconstruction dans le cadre d’une collaboration et d’un processus
d’unification lointaine dont on voit maintenant les fruits".
Comme historien, le prédicateur propose l’identification de la place de
l’Eglise catholique et des valeurs chrétiennes dans l’Europe actuelle.
Assumer une histoire
Le prédicateur fait référence à l’après 1989. "Quelque soient le rythme
d’intégration européenne, les modalités institutionnelles, les schémas politiques, économiques et monétaires, le paysage n’est plus le même". L’Europe de saint Cyrille et saint Méthode, patrons choisis par Jean Paul II,
et l’Europe de saint Bernoît, dont la protection avait été invoquée par
Paul VI, ne peuvent plus s’ignorer. Ainsi une identification de ce qu’est
l’Europe spirituelle doit passer par un double inventaire, celui du patrimoine de l’Occident latin mais aussi de l’Orient chrétien. Si l’appel "aux
racines chrétiennes de l’Europe" que fait le pape depuis son discours de
Compostelle a un sens et une cohérence par rapport à ce qu’il dit de la situation contemporaine, ce n’est nullement, aux yeux du dominicain, comme on
veut parfois le croire, par une nostalgie d’une chrétienté médiévale, mais
parce qu’on ne peut rien bâtir sans assumer une histoire. Ainsi doit-on
s’interroger tout autant sur les racines chrétiennes et christianisées de
l’Occident que sur ce qui reste de non christianisé et évidemment sur ce
qui est maintenant déchristianisé.
Richesses des Eglises d’Orient
L’apport de l’Orient peut être à cet égard une aide: S’appuyant sur une
tradition que porte surtout la liturgie, qu’attestent les mystiques et les
théologiens, les chrétiens orientaux, orthodoxes ou unis à Rome, apportent
une vision différente, moins juridique, plus contemplative, dont le patriarche Maximos V, à Vatican II, était très averti et qu’il a essayé de faire
partager. Les tensions récentes entre le Saint-Siège et certaines hiérarchies orthodoxes doivent nous faire prendre conscience qu’il y a beaucoup à
faire pour découvrir les richesses des Eglises d’Orient, sans perdre de vue
la valeur et la grandeur de Rome. Coome l’a dit le pape dans une formule
répétée depuis lors: "L’Eglise doit respirer par ses deux poumons".
Deux livres importants sur l’Europe
Le Père Guy Bedouelle, dans sa prédication à la paroisse Saint Ferdinand
des Ternes, puise aussi son inspiration dans deux ouvrages récents. Celui
du cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, intitulé : "Nous
avons rendez vous avec l’Europe" et celui de Rémi Brague: "Europe, voie romaine".
Le cardinal de Paris montre bien dans son ouvrage comment paradoxalement
l’Europe n’a jamais cessé d’exister, mais qu’elle est aussi nostalgique
d’une unité jamais pleinement ressentie. Mais en ce 20e siècle, l’Europe
est blessèe par le drame de la seconde guerre mondiale, avec l’irruption de
l’innommable qui ne doit pas devenir l’innommé et aussi, tout au long de
son histoire récente, par la servitude, la domination, l’appêtit de richesses. Ainsi peut-on lire: "L’avenir de l’Europe passe par la mémoire de son
histoire et par la reconnaissance de ses péchés".
Quant au deuxième livre écrit par le professeur de philosophie arabe à
la Sorbonne, le Père dominicain y voit aussi l’analyse d’une histoire ou
des idées. Rémi Brague tente de préciser l’identité spirituelle de l’Europe
à partir de ce qu’il appelle la "romanité", qui n’est pas d’abord un fait
géographique ou linguistique, mais une attitude qu’il appelle "secondaire",
car elle tend à une assimilation, elle-même destinée à une transmission. Il
peut ainsi parler d’une "tension constructive de l’Europe entre hellénisme
à à assumer et barbarie à soumettre". Le christianisme peut être le témoin
et l’instrument de facteur d’incarnation, de séparation et d’unité.
Finalement le professeur d’histoire de l’Eglise à l’Université de Fribourg, comme les deux ouvrages cités, veut persuader ses auditeurs parisiens que "c’est en devenant plus chrétien que l’on deviendra plus européen". (apic/pnd/gb/ba)