Prague : Déclaration judéo-catholique sur l’antisémitisme (120990)
Catalogue de mesures décidé
Prague, 12septembre(APIC) Une cinquantaine de responsables et dignitaires
de l’Eglise catholique et de la communauté juive internationale se sont
rencontrés du 3 au 6 septembre à Prague et ont rédigé un catalogue de mesures, notamment pour tenter d’endiguer l’antisémitisme croissant parmi les
peuples d’Europe de l’Est, qui peuvent désormais, avec la chute du communisme, exprimer librement leurs opinions et sentiments. Les participants à
cette réunion importante pour l’avenir du dialogue judéo-chrétien ont analysé les sources religieuses et historiques de l’antisémitisme, et élaboré
des propositions concrètes pour y faire face. Ils ont également qualifié
l’antisémitisme et le racisme de "péché contre Dieu et contre l’humanité".
A l’occasion de cette 13ème rencontre du Comité international de liaison
entre l’Eglise catholique et les juifs - la dernière session de ce Comité
avait eu lieu à Rome en 1985 -, les responsables religieux, en provenance
de 16 pays, ont visité le camp de concentration de Theresienstadt, ainsi
que le cardinal Tomasek, archevêque de Prague.
Les délégations présentes à Prague étaient, pour le Saint-Siège, les
membres de la Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme, dirigée par Mgr Edward Idris Cassidy, et du côté juif, le Comité Juif international pour les consultations interreligieuses (IJCIC), qui regroupe le
Conseil des Synagogues d’Amérique, le Congrès Juif Mondial, B’nai B’rith
International et l’Israël Interfaith Committee. La délégation juive, plus
nombreuse, - elle comptait une trentaine de membres - était dirigée par le
président de l’IJCIC, Seymour Reich, de New York.
Un chrétien ne peut être ni antisémite ni raciste
La rencontre a permis d’analyser les sources religieuses et historiques
de l’antisémitisme ces 1900 dernières années et ses relations avec la
"shoah", ("cataclysme", nom donné par les juifs à l’holocauste, l’extermination des juifs par les nazis). Cette discussion a permis, selon le communiqué commun, "de reconnaître que certaines traditions de la pensée catholique, son enseignement et sa pratique, durant la période patristique et au
Moyen-Age, ont contribué à la création de l’antisémitisme dans les sociétés
occidentales". Dans les temps modernes, poursuit la déclaration commune, de
nombreux catholiques n’ont pas été assez vigilants pour réagir contre les
manifestations d’antisémitisme. Les délégués catholiques à Prague ont qualifié l’antisémitisme comme toutes les formes de racisme de "péché contre
Dieu et contre l’humanité" et ont affirmé que "l’on ne peut être authentiquement chrétien et être antisémite".
La conférence a salué "le rôle monumental" de la Déclaration du Concile
Vatican II "Nostra Aetate" (Déclaration sur l’Eglise et les religions nonchrétiennes, qui souligne notamment le lien fondamental entre chrétiens et
juifs) d’octobre 1965, ainsi que les efforts ultérieurs faits par les papes
et les responsables de l’Eglise pour améliorer substantiellement les relations judéo-catholiques. Face à l’accroissement de l’antisémitisme à l’Est,
la conférence a souligné la nécessité de faire connaître et circuler les
enseignements de "Nostra Aetate" et les documents des différents dialogues
judéo-catholiques dans les pays de l’ancien bloc communiste, étant donné
que les récents développements politiques ont ouvert des perspectives de
coopération. Les délégués ont salué à ce propos l’établissement de Comités
de liaison judéo-chrétiens en Tchécoslovaquie et en Hongrie, et la
diffusion par l’Eglise polonaise des documents officiels sur les relations
entre catholiques et juifs.
Pour des législations antiracistes
Des efforts systématiques doivent être faits pour extirper les racines
de l’antisémitisme religieux partout où elles peuvent surgir : dans les publications religieuses, dans le but d’éliminer tous les restes de cet "enseignement du mépris" qui a causé tant de ravages, dans la formation du
clergé, notamment dans les séminaires, la liturgie, les médias catholiques... Le Comité de liaison espère que le nouveau catéchisme pour l’Eglise
universelle actuellement en préparation puisse servir d’instrument efficace
dans ce but. (apic/com/be)