à la TV Suisse Romande à propos de l’"affaire Haas"
Publication intégrale de sa lettre d’explication
Genève, 18octobre(APIC) En juillet dernier, la Télévision Suisse Romande
se proposait de réaliser une émission chargée de mieux éclairer le public
sur la nomination de Mgr Wolfgang Haas, évêque du diocèse de Coire. Pour
les besoins de l’information, une demande d’interview avait été faite au
cardinal Bernardin Gantin, préfet de la Congrégation pour les évêques, le
dicastère chargé de préparer les nominations épiscopales. Une interview qui
ne se fera pourtant pas. Et pour cause, le cardinal Gantin ayant décliné
l’invitation, révèle dans son dernier numéro "L’Echo Illustré".
Dans une lettre adressée au siège de la TV à Genève et reproduite in extenso par l’hebdomadaire catholique romand, le prélat explique les raisons
de ce refus. Des explications qui n’ont nullement convaincu Albert Longchamp, rédacteur en chef de "L’Echo Illustré", qui relève dans un commentaire que le texte de Mgr Gantin "pose tout le problème de la communication
dans l’Eglise". L’agence APIC publie aujourd’hui la lettre du cardinal Gantin ainsi que le commentaire paru sous le titre "Un mot d’explication".
"Cher Monsieur,
Revenu à Rome après quelques semaines de voyage, je trouve dans mon
courrier votre lettre du 17 juillet 1990.
Vous me proposez de vous accorder une interview télévisée pour la Suisse, ayant comme sujet la situation qui prévaut actuellement dans le diocèse
de Coire.
Je m’empresse de vous répondre que, à mon grand regret, il ne me sera
pas possible de satisfaire votre désir. Dans toute la longue histoire du
Dicastère que j’ai l’honneur de présider, et dont plusieurs Cardinaux et
Evêques sont membres avec une responsabilité collégiale et indivisible, on
ne relève jamais de la part du Préfet, aucun exemple de débat, de confrontation ou d’intervention publique sur une quelconque nomination épiscopale,
sa procédure, son aboutissement ou ses conséquences.
Une telle façon de se comporter n’a, en effet, jamais été envisagée ou
réalisée, de mémoire de notre Service; et, cela, avec beaucoup de sagesse,
parce qu’il s’agit là, tout simplement, d’une question strictement interne
à l’Eglise Catholique et liée à la responsabilité personnelle du Saint-Siège.
Mais alors, dira-t-on, les fidèles n’ont-ils pas, eux, le droit de savoir comment et sur quels critères se fonde la grave charge de la désignation par le Pape des Pasteurs à la tête des Eglises particulières?
Savoir quoi? Dans le cas précis du diocèse de Coire, les fidèles et les
non-croyants se sont-ils préoccupés de chercher d’abord avec sérénité à
connaître exactement hommes, principes et événements en question, avant de
se lancer dans les jugements critiques et condamnations dont sont remplis
les mass-médias depuis déjà trop longtemps?
Qui pourrait sérieusement mettre en doute, connaissant bien le Pape Jean
Paul II, la haute conscience et le sens très élevé des responsabilités qui
caractérisent chacune de ses décisions?
En tant que collaborateur très proche de Lui, je puis, en tout cas, en
témoigner personnellement.
L’heure n’est pas, selon moi, de mettre encore de l’huile sur le feu,
mais d’essayer d’éteindre et d’apaiser, au contraire, les passions et les
débordements.
Nous avons heureusement des preuves selon lesquelles des hommes et des
femmes de bonne volonté, plus nombreux qu’on ne pense, cherchent discrètement et patiemment à tout faire pour que reviennent la paix, la concorde et
l’entente.
L’expérience montre que ce qui ne va pas bien, humainement, peut se réparer avec les moyens humains bien connus de patience, de compréhension et,
surtout, de façon encore meilleure, avec la grâce de Dieu.
Voilà, cher Monsieur, les réflexions que me suggère votre invitation et
que je voulais, en toute simplicité et franchise, partager avec vous.
Si vous avez l’intention de faire connaître mon témoignage, je serais
heureux de le savoir et de le voir transmis en son intégralité.
Permettez-moi de vous assurer des sentiments de respect et d’estime qui
ont toujours été les miens dans l’exercice de mon devoir au service de
l’Eglise Universelle et spécialement de l’Eglise de votre cher Pays, la
Suisse, où je compte, par ailleurs, beaucoup d’amis.
Je vous prie de croire, cher Monsieur, à l’expression renouvelée de mes
sentiments très déférents".
B. Card. Gantin, Pref.
"Un mot d’explication"
Sous ce titre, le Père Albert Longchamp, rédacteur en chef de "L’Echo
Illustré", commente le texte du cardinal Gantin. Un texte, écrit-il, qui
pose tout le problème de la communication dans l’Eglise. Il relève:
"Journalistes, "nous sommes très souvent accusés de jeter l’huile sur le
feu tout en étant mal informés. Lorsque nous cherchons l’information compétente, elle nous est refusée. Cette situation est dramatique.
Du côté de Rome, on ne cache pas l’agacement que suscitent rumeurs, spéculations, interprétations, condamnations et "jugements critiques" sur une
réalité qui mériterait, estime le cardinal Gantin, la patiente recherche de
l’apaisement.
Les positions en présence sont difficiles à concilier. Nos lecteurs auront du moins, avec un document précis en main, la preuve que les journalistes de la Télévision Romande et ceux de la presse écrite, notamment la
presse catholique, sont privés des sources d’information et de réflexion
les plus autorisées. Ce n’est pas faute de tenter d’ouvrir des portes. Et
c’est à notre vif regret que nous ne pouvons contribuer à l’émergence dans
l’Eglise d’une saine et authentique opinion publique, pourtant souhaitée
déjà par Pie XII et confirmée par l’instruction de Paul VI "Communion et
Progrès" sur les moyens de communication sociale". (apic/pr)