Pour une lutte globale contre la grande pauvreté en Suisse (080488)
Treyvaux/Fribourg, 8avril(APIC) C’est dans le but de faire de la lutte
contre la pauvreté une priorité nationale qu’une septantaine de personnes chercheurs, militants syndicaux, responsables d’organismes sociaux, personnalités politiques - se sont donné rendez-vous le vendredi 8 avril au
Centre national du Mouvement ATD Quart-Monde à Treyvaux.
C’est le rapport "Grande pauvreté et précarité économique et sociale",
élaboré par le Conseil Economique et Social, un organisme consultatif du
gouvernement français, qui a servi de base aux réflexions de l’assemblée
réunie à Treyvaux. Résultats de 2 ans de recherches, ce rapport est une
réaction aux mesures gouvernementales d’urgence prises durant l’hiver 83-84
pour faire face à l’émergence des "nouveaux pauvres" en France.
Le conseil Economique et Social veut d’autres réponses à la grande
pauvreté que le "retour à la charité" : soupes populaires, banques alimentaires ou autres restaurants du coeur. Le rapport qui a eu un grand retentissement international révéle qu’il y a en France près de 2,5 millions de
personnes qui ont moins de la moitié du salaire minimum pour vivre, que
400.000 personnes sont sans logis ou vivent dans des abris de fortune et
que 500.000 personnes sont sans couverture sociale. Le Conseil Economique
et Social qui fait un lien entre la précarité et la grande pauvreté estime
que la pauvreté est une violation des Droits de l’Homme.
10% de ménages pauvres en Suisse selon Guy-Olivier Segond
Le Conseiller national, Guy-Olivier Segond, a eu l’occasion comme magistrat de voir à Genève, une ville riche, la réalité de la pauvreté en
Suisse. En prenant comme référence le seuil de pauvreté "en-dessous du 50%
du revenu moyen net par habitant", il y a en Suisse 10 % de ménages
pauvres. Une récente enquête tessinoise aboutit même à 15%. Une approche
quantitative est insuffisante estime le magistrat genevois, pour qui la
pauvreté est d’abord l’absence de statut et de pouvoir dans la société. Et
de déplorer que la société devient de plus en plus sélective et que la
croissance économique produit de "nouvelles pauvretés".
Germain Bouverat, de l’Office fédéral des Assurances Sociales, a affirmé
que la politique de la famille peut apporté une réponse au problème de la
pauvreté en Suisse. Il voit notamment dans la précarité de la cellule familiale (il y a en Suisse plus de 100.000 familles mono-parentales), l’une
des causes de la pauvreté.
En matière de politique familiale, le Conseiller national valaisan Vital
Darbellay, a déploré l’obstacle que représente le fédéralisme en matière de
prestations familiales. En 1988, la moyenne des allocations familliales est
de 105 francs par mois en Suisse: "Les cantons n’ont pas fait leur devoir
en ce domaine", souligne-t-il. Pour vouloir résoudre la pauvreté, encore
faut-il savoir qu’elle existe. Et de conclure: "Il y a chez nous beaucoup
de gens qui sont nés avec du pain beurré sur la table et qui veulent souvent ne pas savoir que beaucoup de personnes ont du pain sans beurre, et
que pour avoir ce pain, ils doivent encore se lever tôt." (apic/be/bd)