Antananarivo, 10août(APIC) Réunis sous l’égide de la Conférence des Eglises de toute l’Afrique, 36 délégués groupant des milieux religieux et intellectuels venus de 11 pays africains, se sont rencontrés à Antananarivo
(Madagasgar), dans le but d’élaborer un nouveau programme et un manuel pour
l’éducation chrétienne en Afrique.
Durant cette réunion, les participants, parmi lesquels se trouvaient des
responsables d’Eglise, des éducateurs, des chercheurs et des journalistes,
ont condamné le colonialisme et le christianisme occidental dont les approches ne mettent pas suffisament l’accent sur la responsabilité sociale des
chrétiens.
Au cours d’un exposé historique sur l’éducation chrétienne en Afrique,
le pasteur Samuel Kibicho, de l’Université de Nairobi (Kenya), a souligné
que l’éducation chrétienne a été utilisée par certains missionnaires pour
"détruire l’identité culturelle africaine". Des enseignements, a-t-il dit,
"se situaient dans le contexte de l’asservissement colonial. Ils avaient
pour but de laver le cerveau et de rendre vulnérable l’Africain pour ensuite le diriger, l’opprimer et l’exploiter sans problème. C’est dans ce milieu qu’ont émergé quelques dirigeants d’Eglises africaines, autocrates et
dictatoriaux dans le traitement des ouvriers, de même avec leur attitude et
leurs rapports avec les pauvres, les déshérités".
Pour les participants, l’éducation chrétienne dans ce continent doit se
faire en tenant compte du contexte africain, des situations sociales, politiques, économiques, culturelles et religieuses. Elle doit évaluer les
stratégies de développement en les reliant à l’histoire de l’Afrique et à
l’étape qu’elle traverse aujourd’hui. Les éducateurs chrétiens, ont-ils affirmé, "ne doivent pas oublier que beaucoup de pays africains politiquement
indépendants sont encore fermement liés au système de production et de distribution du capitalisme international".
Une nouvelle vision de l’éducation chrétienne est donc nécessaire, pensent ces 36 personnalités. "L’Eglise doit comprendre qu’elle opère dans un
continent ou son témoignage n’est que l’un de ceux auxquels le peuple est
quotidiennement exposé". En réalité, a déclaré un participant, "l’échec des
responsables chrétiens est dû au faible niveau de l’éducation chrétienne,
ce qui a donné un clergé doté d’une vision étroite par rapport aux besoins
et au rôle prophétique des Eglises. Ces hommes d’Eglise ont certes propagé
l’Evangile, mais d’une façon évasive et étroite". (apic/soe/pr)