Pour avoir donné une conférence sur la théologie de la libération (010988)
Asuncion, 1erseptembre(APIC) Moins de quatre mois après la visite de
Jean-Paul II au Paraguay, le régime du général Alfredo Stroessner semble
décidé à s’en prendre fermement à l’Eglise catholique du pays, en particulier aux prêtres qui défendent l’esprit de la théologie de la libération.
L’expulsion du Paraguay, de l’un d’eux, le Père Jesus de la Vega, jésuite
et avocat âgé de 65 ans, le confirme. Elle survient peu de temps avant
qu’un communiqué de quelque 200 prêtres n’accuse le gouvernement de pratiquer une "agression sytématique" contre l’Eglise catholique dans le but de
troubler et de "diviser le peuple des croyants".
Quelques jours avant d’être arrêté par la Garde de sécurité, puis expulsé et conduit à la frontière de l’Argentine, le Père Jesus de la Vega
avait participé à une conférence sur la théologie de la libération. A cette
occasion, il s’était exprimé en donnant le point de vue de l’Eglise. Le
Père de la Vega est espagnol et résidait au Paraguay depuis huit ans ou il
travaillait en qualité de professeur de droit ecclésial.
Avec le Père de la Vega, vingt religieux, des jésuites en majorité, ont
été expulsés du Paraguay depuis que le général Stroessner est au pouvoir.
Les relations entre l’Eglise et la dictature au Paraguay, de plus en
plus difficiles, se sont encore aggravées après qu’en juin dernier les
membres de la junte au pouvoir ne visionnent à huis clos un film vidéo
d’origine française en relation avec la théologie de la libération. Ce document, tourné dans les maquis d’Amérique latine et aux Philippines, a été
réalisé par le journaliste français Jacques Bonomo qui interroge sur leurs
motivations plusieurs prêtres guerilleros. Jacques Bonomo avait été l’auteur d’un reportage publié par le "Figaro-Magazine" et largement controversé au niveau de son authenticité. Ce reportage relatait notamment la
"confession d’un jésuite révolutionnaire" qui après quatre mois de détention par l’armée guatémaltèque, avait reconnu au cours d’une conférence de
presse, en 1981, être un prêtre marxiste formé pour introduire le marxisme
dans l’Eglise.
Multiples protestations
A la suite de cet article, le Père Charles Antoine jésuite et directeur
de l’agence DIAL (Diffusion de l’information en Amérique latine), avait accusé Jacques Bonomo de s’être "illustré par la publication d’un faux".
Quant au film en question, il présente une théologie de la libération marxiste et subversive. Il est du reste largement diffusé un peu partout en
Amérique latine au sein des milieux hostiles à cette théologie.
De hauts fonctionnaires du régime du général Stoessner ont justifé l’expulsion du Père de la Vega en prétendant que ce dernier avait fait l’"apologie de la violence". Ce que les participants à cette assemblée nient.
Pour ces dernier, "il n’a fait qu’exposer les documents officiels de
l’Eglise en relation avec la théologie de la libération, sans faire de commentaire, ni contre ni en faveur de cette théologie".
L’expulsion du Père de la Vega a fait l’objet de très nombreuses protestations. Elles émanent en particulier des évêques, des jésuites, des milieux syndicaux et des "campesinos". (apic/pr)