"Penser à l’Europe avec Prague comme capitale de l’Europe"
Porrentruy, 24mai(APIC) Le Père Georges Cottier, professeur de philosophie aux Universités de Fribourg et de Genève, a récemment été l’hôte du
Collège Saint-Charles à Porrentruy. Avec les enseignants, il s’est entretenu de ce qu’Hegel appelait "la science de l’absolu", face aux grandes mutations actuelles. "Il y a une crise profonde de l’identité dans la philosophie moderne". Est-elle mortelle? Si ce n’est le cas, elle a cédé le pas
aux sciences humaines telles que la sociologie, la psychologie, la psychanalyse. Les courants sont multiples et souvent sectoriels. Toutefois, le
philosophe retient des interrogations de cette fin de XXe siècle, un certain nombre de points positifs.
Tout d’abord, la crise du marxisme "permet la redécouverte de la dimension religieuse". L’éthique reconquiert ses lettres de noblesse: la bioéthique qui est la science de la morale médicale. De leur côté, les pays de
l’Est sont à la recherche d’une morale sociale. "Une morale qui puisse jouer un rôle normatif par rapport au comportement de la société". A propos de
l’écologie, le Père Cottier pense qu’elle peut être intéressante, notamment
vue sous l’angle de la terre en tant que création.
L’évolution du marxisme
"L’avenir des sociétés qui ont été marquées par le marxisme est aussi le
nôtre. Nous devons penser à l’Europe avec Prague comme capitale". Prague
comme capitale? Voilà qui a dû donner une ouverture nouvelle aux jeunes lycéens des classes terminales du Collège lors de l’entretien avec le Père
Cottier, qui a parlé de l’évolution du marxisme en retraçant les rencontres
qu’il a vécues en tant que membre du Secrétariat romain pour le dialogue
avec les non-croyants.
De 1950 à 1955, la lutte des classes se pose en toile de fonds avec la
naissance en France du Mouvement des prêtres ouvriers. En 1968, le printemps de Prague bouscule le pouvoir communiste. Le Conseil oecuménique des
Eglises (COE) rencontre des marxistes de l’Est et de l’Ouest. Ceux de l’Est
dénoncent les abus totalitaristes, au grand désarroi des communistes de
l’Ouest qui voient s’effondrer ce qu’ils avaient idéalisé. L’autogestion
est en vogue en 1980. Avec elle apparaissent les premières divergences au
sein du communisme. En 1986, "on siège à huis clos à Budapest entre catholiques et marxistes". Des marxistes qui sont à la recherche d’une nouvelle
morale à l’usage notamment de la jeunesse. Ceci pour lutter contre la drogue et l’acoolisme.
En 1989, rappelle en conclusion le Père Cottier, une réunion entre catholiques et communistes à lieu à Strasbourg pour parler de l’Europe. Entre
Russes du Parti et catholiques, les grands problèmes sont alors posés. A
l’Est, il s’agit des libertés et de leur respect. Liberté religieuse, pluralité des partis, ethnies et nationalités. A l’Est comme à l’Ouest enfin,
la montée de l’islam préoccupe non seulement les Eglises, mais aussi les
gouvernements. (apic/sic/pr)