Pologne: rencontre surprise du pape avec des (050691)
Le pape soutient les aspirations à l’autodétermination des Lituaniens
Lomza, 5juin(APIC) Le pape Jean Paul II s’est entretenu mercredi, au cinquième jour de sa visite pastorale en Pologne, avec une délégation de responsables politiques et religieux lituaniens emmenée par l’archevêque de
Kaunas, le cardinal Vincentas Sladkevicius. Lors d’une rencontre surprise à
Lomza, ville proche de la frontière soviétique, le pape a salué 6 évêques,
80 prêtres et trois hauts responsables politiques du pays balte voisin. Il
a réitéré à cette occasion son soutien aux aspirations à l’autodétermination du peuple lituanien.
Quelque 15’000 pèlerins lituaniens, parmi lesquels le vice-président du
parlement de Vilnius, Ceslovas Stankevicius et le vice-premier ministre
Zigmas Vaisvila avaient franchi la frontière soviétique pour rencontrer le
pape. Le président lituanien Vytautas Landsbergis avait renoncé à faire le
voyage craignant une nouvelle intervention des troupes soviétiques dans la
capitale lituanienne.
Durant l’entrevue, le cardinal Sladkevicius a invité Jean Paul II à se
rendre au plus vite en Lituanie. Un voeu également exprimé par Ceslovas
Stankevicius : "La Lituanie vous attend", a-t-il lancé au pape, alors que
d’autres responsables religieux réclamaient la reprise des relations diplomatiques entre le Vatican et la Lituanie. A l’issue de cette rencontre, le
pape a reçu en audience l’ancien Premier ministre de Lituanie, Mme Kazimiera Prunskiene.
Devant les fidèles réunis dans la cathédrale de Lomza, le pape a exprimé
une fois encore sa solidarité avec le peuple lituanien "qui m’est si proche
et si cher".
Les deux signes de la présence de la Lituanie à Rome
Jean Paul II devrait se rendre en Union Soviétique en 1992, mais on sait
déjà que la Lituanie ne figurera pas au programme de sa visite. Il s’agira,
en effet, comme l’a indiqué Mgr Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican, d’un voyage symbolique ne requérant pas de longs préparatifs, et dont
les étapes seraient Moscou, la Sibérie et le Kazakhstan. Les aspirations à
l’indépendance de la Lituanie, comme des autres républiques baltes, dont
l’annexion n’a jamais été reconnue par le Saint-Siège (raison pour laquelle
la Lituanie est représentée dans le corps diplomatique accrédité au Vatican), rendraient du reste une visite du pape particulièrement délicate. Le
pape a souvent exprimé sa solidarité avec la Lituanie. Il l’avait déjà fait
à l’occasion de sa troisième visite en Pologne, en 1987, disant son regret
d’être empêché de s’y rendre pour la célébration, cette année-là, du 600e
anniversaire de son évangélisation.
A l’audience du 10 mars dernier, Jean Paul II rappelait encore le souhait du Saint-Siège que "les aspirations de tous les citoyens lituaniens
puissent trouver une juste réalisation dans une atmosphère de concorde sociale et de respect mutuel à l’intérieur du territoire et dans le contexte
international".
Le pape a évoqué "deux signes particuliers de la présence de la Lituanie
à Rome, coeur de la chrétienté": la chapelle lituanienne située dans les
grottes de la basilique Saint-Pierre au Vatican et le Collège pontifical
lituanien. "Je visite ces lieux, a confessé le pape, par un besoin du coeur, pour y prier avec les Lituaniens et pour exprimer mon amour et mon
union avec l’Eglise qui est en Lituanie et avec le peuple lituanien".
Jean Paul II a en outre fait part aux fidèles lituaniens réunis à Lomza
de sa conviction que "le service sacerdotal de vos pasteurs soutient vos
justes aspirations nationales et consolide votre conscience nationale et
votre identité".
Rencontre avec les orthodoxes
Après la rencontre avec la communauté lituanienne, Jean Paul II a béni
le nouveau bâtiment du séminaire de Lomza. Dans son discours prononcé à
cette occasion, il a indiqué que les prêtres doivent être des témoins du
Règne de Dieu en renonçant aux richesses matérielles. Le pape a ajouté que
la Pologne actuelle a un besoin particulier d’un tel témoignage: "Le prêtre
a pour mission de montrer que le destin de l’homme ne consiste pas dans
l’accumulation des biens terrestres parce qu’il existe d’autres valeurs supérieures qui méritent d’être recherchées avec persévérance, c’est-à-dire
celles qui ennoblissent la personne et la font entrer en communion de vie
avec Dieu".
De Lomza, le pape s’est ensuite rendu à Bialystok, une ville située au
nord-est de la Pologne, proche de la Biélorussie. Dans cette ville, Jean
Paul II y a béatifié au cours d’une messe la Polonaise Boleslawa Maria Lament (1862-1946), fondatrice de la Congrégation des Soeurs missionnaires de
la Sainte Famille, qui a comme but de promouvoir l’unité entre les Eglises
orthodoxe et catholique. La nouvelle bienheureuse, a relevé le pape, se
distinguait par "une sensibilité particulière pour la misère humaine".
Dans son homélie, le pape a aussi parlé de la phase actuelle que traverse la Pologne, en soulignant que sortir de la crise morale et éthique héritée du communisme constitue une grande tâche pour toute la génération contemporaine de la Pologne, qui doit maintenant dépasser "les conséquences
d’un système qui s’est montré économiquement incapable et éthiquement nuisible" et "construire dans le cadre d’un nouveau système un ordre juste
dans lequel les talents ne soient pas gaspillés".
En fin d’après-midi, le pape a eu une rencontre oecuménique dans la
cathédrale orthodoxe de Bialystok. Environ 500’000 orthoxes vivent actuellement en Pologne. Le discours de Jean Paul II a été consacré à l’unité des
deux Eglises, séparées depuis le schisme de 1054. Le pape a relevé à cette
occasion que "nous ne pouvons pas ne pas admettre avec humilité que dans le
passé il n’y a pas toujours eu un esprit de fraternité évangélique dans les
relations entre les deux Eglises". "Tous, a-t-il dit, nous portons le joug
des fautes historiques. Tous, nous commettons des erreurs".
Jean Paul II a exhorté catholiques et orthodoxes à se pardonner les uns
les autres, dans un esprit de réconciliation réciproque, les torts subis
dans le passés pour recréer de manière nouvelle et authentiquement évangélique leurs rapports mutuels et pour construire un meilleur. Le pape a encore cité la déclaration commune signée par lui-même et le patriarche oecuménique Dimitrios Ier lors de leur rencontre à Rome en 1987, déclaration
dans laquelle ils rejettent "toute forme de prosélytisme, toute attitude
qui pourrait être interprétée comme un manque de respect".
En fin de journée, le pape s’est encore rendu à Olsztyn, dans le nordest du pays, pour y bénir un nouveau séminaire. (apic/cip/cic/jt/pr)