Pologne: l’Eglise catholique et le sida (110992)
Varsovie, 11septembre(APIC) Le thème du sida suscite toujours de vifs débats en Pologne. Il y a quelques semaines, le cardinal Glemp a fait dans
une prédication un lien entre un comportement immoral et une possible infection par le virus du sida. Ses déclarations ont soulevé un large débat
public, la maladie suscitant toujours beaucoup de craintes au sein de la
société et de l’Eglise dont les réticences à s’engager provoquent des critiques.
Selon les statistiques officielles, la Pologne est encore à peine touchée par le sida. Depuis 1985, date où le premier cas de sida a été diagnostiqué en Pologne, on a compté 59 décès dûs à la maladie et 2’300 peronnes sont enregistrées comme séropositives. Mais dans certains milieux médicaux, on affirme que les chiffres réels sont beaucoup plus élevés et que la
société polonaise n’est pas prête à affronter le problème.
Selon un sondage, presque tous les Polonais souhaitent une aide accrue
pour les malades du sida, mais à peine plus de la moitié accepteraient
d’être les voisins d’une personne séroposotive. Une minorité importante a
avoué ne rien savoir des causes et des symptomes du sida. On espère
beaucoup que l’Eglise utilisera son influence dans la société pour demander
une plus grande compréhension pour les malades du sida. Ce qui ne semble
pas être le cas jusqu’à présent. L’Eglise polonaise apparaissant aux yeux
de certains nettement en retrait dans ses positions morales du "standard
mondial". "De manière compréhensible, l’Eglise s’oppose à ceux qui blessent
son enseignement moral", déclare le sénateur Zofia Kuratowska. "Mais la
plupart des prêtres sont indifférents ou disent dans leur prédication que
la maladie est une punition pour les péchés", commente le médecin.
Cet été, l’ouverture à Laski, près de Varsovie, d’un centre d’accueil
pour 27 enfants atteints du sida a dû être annulée après une protestation
de la population. Le curé de l’endroit, Tadeusz Fedorowicz, a certes condammé les opposants, mais a dit comprendre l’attitude des citoyens. "Les
gens ici ne sont pas du tout préparés et ont peur." Il pense que si des
spécialistes du sida les avaient informés correctement avant, cela se serait passé tout autrement.
Le cardinal Glemp souhaite ne pas trop parler du sida. Certes, l’Eglise
accomplit un travail considérable dans le domaine. "Mais nous ne voulons
pas donner une grande publicité à ce travail car ceux qui soignent les malades du sida ne doivent pas se faire une renommée par le service au prochain", a-t-il expliqué récemment à des journalistes. "L’Eglise est critique face aux événements qui font beaucoup de bruit et qui réduisent les patients à un objet de manipulation".
Lidia Babiuchowa, spécialiste du sida souligne que la plupart des malades du sida viennent du milieu de la drogue et non pas du milieu homosexuel. "Les victimes peuvent aussi être de bons époux et de bons pères, nous
avons même quelques prêtres qui sont séropositifs". "Le sida est un stigmate social, et souvent les malades n’arrivent en traitement qu’au stade final de la maladie", remarque-t-elle. (apic/kna/mp)