Le "Rapport de stratégie" : "un pas dans la mauvaise direction"
Berne/Lucerne, 10juin(APIC) Le Comité de coordination pour les questions
concernant les étrangers de la Conférence des évêques suisses (CES) et de
la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS) juge sévèrement
le Rapport de stratégie sur la politique à l’égard des étrangers et des réfugiés du Conseil fédéral, dans une prise de position publiée lundi. La
Communauté de travail des oeuvres d’entraide Swissaid/Action de Carême/Pain
pour le Prochain/Helvetas rejetait déjà ce Rapport la semaine dernière,
parlant de "discrimination inadmissible" à l’égard du tiers monde.
Dans leur communiqué commun, la Commission "Migrations" de la FEPS à
Berne et son pendant catholique, la SKAF à Lucerne, une Commission de la
CES, estiment que ce Rapport n’offre aucune nouvelle perspective pour la
maîtrise des migrations mondiales. "Le Conseil fédéral s’oriente presque
exclusivement d’après les intérêts de l’économie et du marché du travail en
Suisse", déplorent les deux Commissions.
Les priorités fixées par le Conseil fédéral dans son Rapport sont erronées, estime le Comité de coordination des deux Commissions pour les migrations. En effet, selon lui, le Rapport s’en tient à la politique actuelle
de développement, malgré l’échec patent de celle-ci, reste silencieux à
propos de la question de l’endettement et des exigences d’un commerce mondial équilibré et ne consacre pas une ligne à l’inclusion des mouvements
migratoires mondiaux dans l’intégration européenne. Le modèle des "3 cercles" (basés sur la provenance des étrangers) exclut précisément ceux qui
ont le plus à souffrir de conditions politiques et économiques extrêmes.
Une ségrégation intolérable
La ségrégation pratiquée par la Suisse envers le tiers monde "est humainement intolérable, objectivement fausse et pratiquement irréalisable". Ce
modèle des "3 cercles" est eurocentriste et en définitive raciste, soulignent les Commissions pour les migrations des Eglises : "Il est en contradiction flagrante avec les orientations éthiques - mentionnées dans le Rapport - et la volonté affirmée de susciter la compréhension et l’acception à
l’égard des étrangers".
Les situations politiques et économiques extrêmes se multiplient dans
les pays du tiers monde, et par conséquent le nombre de personnes persécutées et menacées aussi. Pour juger de leur situation, les points de vue
humanitaire et des droits de l’homme doivent prendre le pas sur les considérations économiques et de politique des habitants du pays d’accueil. La
prise de position des Eglises se conclut par un appel en faveur d’une politique d’asile généreuse et demande que l’on cherche le plus rapidement possible, sur le plan européen également, une solution pour les réfugiés
fuyant la violence. (apic/be)