Pierre Kaelin, 76 ans - première messe en 1937. Pourquoi s’interesse-t-il
chaque chrétien mais à chaque homme qui a un eu de coeur, des yeux pour
voir et des oreilles pour entendre. Lorsqu’on voit la situation, il n’y a
pas besoin d’être forcément croyant, on pourrait être, à mon avis athée et
quand même vouloir faire quelque chose pour les autres. A plus forte raison, si je suis prêtre, c’est évident.
Dans une Suisse "prospère", ce n’est pas évident de penser aux autres,
qu’est-ce qui a provoqué le déclic, la prise de conscience qu’une partie du
monde qui vit dans la misère?
Il n’y a pas eu de déclic... peut-être une influence de ma famille, qui
était très ouverte à ces problèmes. Le scoutisme, aussi, qui m’a fait du
bien. J’étais chef scout et j’ai fondé des troupes. S’occuper des autres
est assez fondamental dans mon existence. Mais, après, c’est vrai, il y a
eu dans les années 50 ma rencontre avec l’abbé Pierre, puis une autre, vers
1960 avec Raoul Foller...)... ce sont eux, les premiers qui m’ont bien ouvert à ce problème. Un jour que je le conduisais de Fribourg à Genève, je
me souviens de ce que me disait l’abbé Pierre: "Les deux mêmes mots qu’on
emploie, lorsqu’on se met à table en se frottant les mains: j’ai faim. Ce
sont là les deux mêmes mots qu’utilisent ceux qui n’ont rien à manger". Il
faudrait aussi qu’il existe maintenant quelqu’un qui créé des ordres religieux modernes correspondant à la situation et à l’actualité de l’Eglise,
me disait-il alors. Je n’ai toutefois pas attendu de rencontrer l’abbé
Pierre et Raoul... pour penser aux autres.
Ma première action importante? Les lépreux! Dans les années 55, je me
rappelle une campagne faite en faveur des lépreux intitulée "Joie de santé,
joie de donner" Un premier concert avait été donné par toutes les chorales
de Fribourg. Cette campagne avait rapporté près de 100.00 francs pour pouvoir offrir 3 ambulances pour les lépreux. Ensuite, entre 1962 et 65, j’ai
fondé le CIMAL, le Centre information mondial antilèpre, un centre créé
après une consultation auprès de Raoul... et des contacts pris avec des associations qui luttent contre la lèpre pour demander si c’était utile. Tous
ont encouragé l’idée. J’ai demandé à des étudiants de m’aider, ceux de la
lituania, avec l’abbé Alphonse......, actuellement en Afrique. J’ai travaillà durant deux ans à faire le fichier de tous les centres de traitement
du monde, celui de toutes les associations et centre de recherche. Le CIMAL
a ensuite évolué pour devenir un centre d’action, d’abord seulement en Europe sous le nom d’EPEL, il s’est étendu après coup pour devenir mondial.
L’idée de ce centre d’information partait du principe qu’il fallait éviter
que des Suisses, par exemple, créé en Inde une léproserie, et qu’à cent kilomètre de là, des français ou d’autres en créent une autre sans le savoir.
Entre la mise en place du CIMA et ma rencontre avec Dom Helder Camara,
en 1975, nous avons réalisé, vers 1970, une action pour le Sahel. J’avais à
ce moment là un de mes confrères missionnaire a Ougadougou, l’abbé Granjean. Cette action, importante, de quelque 100.000 francs, portait uniquement sur une distribution de Mill(?). Plus tard, nous nous sommes dirigés
vers le Brésil, à Nova Friburgo, où l’évêque du lieu, après la réception
faite en 1977, m’avait dit: "Vous avez été reçu ici par des amis, mais si
vous allez les voir un peu plus loin, dans le terrain, vous vous rendrez
compte du nombre de familles pauvres". C’est ainsi que nous avons créé un
fonds de secours, d’entraide pour récolter de l’argent. Récemment, revenant
de Buenos Aires, au mois d’avril dernier, je me suis arrêté à Rio, où j’ai
rencontré des gens de Nova Friburgo. A cette occasion, à la demande de
l’évêque, nous avons reformé une équipe brésilienne pour le fonds d’entraide.
Qui aide en fait les familles d’origine Suisse? Non, justement, il y a
eu tellement de mélange qu’il est maintenant impossible de savoir l’origine
des gens. En réalité, cette aide est apportée pratiquement que pour les enfants ou pour la construction de petites écoles... Au fond, j’ai réalisé
dans ma vie trois grandes actions: les lépreux, le Sahel et Nova Friburgo.
C’est pas gran chose en regard à tout ce qu’il y a à faire.
Chaque fois pour obtenir ces fonds de solidarité... c’est la musique?
Oui, toujours, pour le moment et jamais le compte de chèque. Ces sont des
séries de concert, en particulier en Suisse romande, qui permettent de réunir les sommes nécessaires. En lieu et place de demander sans rien donner
en échange, nous, nous donnons de la musique. Suivant ce qu’on chante, en
plus de l’argent que nous récoltons, nous essoyons de faire passer un message..Mais d’une manière générale, mon répertoire n’est pas axé sur la charité. Le concert du partage? C’est surtout le message. Mais quel que soit
le résultat, j’ai prévu 2.000 francs pour chacun des trois.
L’Eglise en Suisse est-elle consciente de cette dimension de cette solidarité? Je crois que l’Eglise en Suisse est bien ouverte. Je ne peux guère
comparer... au Canada, elle l’est moins, en revanche la Belgique est très
ouverte.