Manille, 22février(APIC) Le vif débat lancé par la publication, fin janvier, d’une lettre pastorale de la Conférence épiscopale catholique des
Philippines mettant en garde les fidèles contre les sectes fondamentalistes, semble maintenant s’être apaisé. Les évêques catholiques avaient accusé les sectes se réclamant du christianisme de falsifier la doctrine
chrétienne, d’interpréter la Bible de façon trop littérale et de laisser de
côté la dimension sociale de l’Evangile, tout en minimisant le rôle de
l’Eglise dans l’histoire du salut.
Si la plupart des Eglises protestantes "historiques" sont d’accord avec
les évêques catholiques, les sectes ont réagi très vivement en accusant les
catholiques de vouloir préserver leurs "empires religieux". Il faut dire
que la lettre pastorale sur les sectes ne mettait pas en cause les principales dénominations protestantes comme les luthériens, les épiscopaliens,
les méthodistes ou les membres de l’Eglise Unie du Christ. Les sectes fondamentalistes ont augmenté de 500 % ces dernières années aux Philippines :
elles ont passé de 228 en 1980 à 1’137 en 1987, selon des statistiques de
l’Eglise. Elles n’ont pas manqué ces dernières années d’attaquer la doctrine catholique sur la Vierge Marie ou sur les saints. Les sectes fondamentalistes font peu sinon rien du tout pour renouveler socialement le monde, et
ne disent rien sur la dimension sociale de l’Evangile, a déclaré l’évêque
jésuite Francisco Claver, "et c’est précisément cela qui les expose à la
manipulation par les forces de droite".
Les fondamentalistes ripostent
Ed Villanueva, un prêcheur fondamentaliste, a déclaré que "les évêques
sont uniquement motivés par leur anxiété à préserver leurs empires religieux respectifs et ne sont pas réellement concernés par le bien-être de
notre peuple". L’Association Fondamentaliste des Philippines a mis au défi
les évêques catholiques d’abaisser à un niveau accessible aux pauvres les
taxes de cours et d’immatriculation qu’ils prélèvent dans leurs écoles
privées "s’ils sont vraiment pour la justice sociale". L’Association leur a
également demandé de ne plus demander d’honoraires lors de services religieux comme les mariages et d’offrir leurs services "par amour plutôt que
pour faire de l’argent".
L’Alliance des Leaders religieux des Philippines (CLAP), qui regroupe de
nombreux prêcheurs fondamentalistes connus, a affirmé que les évêques ont
mal interprété le point de vue doctrinal des fondamentalistes. Des catholiques traditionalistes, comme Erich San Juan, de l’Ordre de Saint-Pie X, a
relevé pour sa part que la croissance des fondamentalistes s’explique par
le fait que l’Eglise est allée trop loin dans son engagement politique et
social en mettant en oeuvre le Concile Vatican II. Ces dernières semaines,
certains ont accusé les sectes d’avoir partie liée avec la CIA, les services de renseignement américains, mais les évêques ne se sont pas prononcés
à ce sujet, faute de preuves. (apic/ucan/be)