Kidapawan (Philippines), 18septembre(APIC/CIP) Huit Philippins viennent
d’être condamnés à la prison à vie pour avoir assassiné, le 11 avril 1985,
un religieux missionnaire italien de 39 ans, le Père Tullio Favali, qui appartenait à l’Institut Pontifical pour les Missions etrangères et exerçait
son ministère dans le diocèse de Kidapawan, dans la grande ile de Mindanao,
au sud de l’archipel philippin.
Les assassins faisaient tous partie des Forces Civiles de Défense Intérieure (sigle anglais : CHDF), un groupement paramilitaire. Ils ont été
condamnés à purger leur peine d’emprisonnement à Muntinlupa, à 30 km au sud
de Manille.
Parmi les huit assassins du père Favali figurent les trois frères Manero, à commencer par Norberto, alias le commandant Bucay, puis Edilberto et
Elpidio. C’est le second nommé qui, d’après des témoins oculaires, tira la
balle qui atteignit le missionnaire italien à la tete et lui fit littéralement sauter la cervelle. Non content d’avoir tué le pretre, Edilberto Manero fut le premier à sauter sauvagement sur le corps de sa victime, amorçant
ainsi une danse macabre dans laquelle il fut bientot suivi par ses complices.
Au moment de sa mort, le Père Favali accomplissait une visite pastorale
auprès d’une famille pauvre. Selon le Père Primo Hagad, ancien directeur
des oeuvres sociales du diocèse de Kidapawan, le missionnaire italien a été
tué parce que des officiers militaires le soupçonnaient, lui et bien
d’autres responsables d’Eglise, d’etre un sympathisant actif de la Nouvelle
Armée du Peuple, autrement dit la guérilla communiste.
a l’annonce de la récente condamnation des assassins du religieux, le
supérieur provincial de son Institut missionnaire aux Philippines, le Père
Sébastien d’Ambra, n’a pas caché sa surprise. A vrai dire, il ne s’attendait plus à ce que justice soit faite et il a félicité le juge pour son
courage. Le Père d’Ambra avait raison d’etre sceptique : quelques temps
après l’arrestation des assassins, on les avait revus en liberté à Zamboanga, dans l’ile voisine, à 135 km au sud-ouest de l’endroit ou ils avaient
perpétré leur crime. Le 7 septembre, un porte-parole de l’Institut missionnaire, le père Giulio Mariani, a meme précisé qu’il n’aurait jamais pensé
que les inculpés seraient condamnés, tant l’affaire avait trainé et tant on
avait exercé de pressions sur l’Eglise et le tribunal pour que le procès
tourne court.
L’éveque affirme : "Les pressions continuent"
Quant à l’éveque de Kidapawan, il affirme que "les pressions sur l’Eglise continuent dans la région" et que de nombreux crimes ont été commis contre des travailleurs pastoraux, sous prétexte qu’ils sympathisaient avec la
guérilla.
"Toutes les méthodes sont bonnes pour discréditer l’Eglise", déplore Mgr
Juan de Dios Pueblos. Le dernier fait en date cité par l’éveque de Kidapawan est la plainte déposée contre trois pretres de son diocèse et que les
adversaires de l’Eglise soupçonnent d’avoir enlevé et violé une jeune fille. Comme par hasard, parmi les pretres incriminés figure un religieux appartenant au meme Institut missionnaire que le Père Favali, dont il était
d’ailleurs l’assistant. "En fait, explique l’éveque, la prétendue victime
de ce viol avait été demandée en mariage par un parent des frères Maneros,
mais les trois pretres aujourd’hui soupçonnés s’étaient opposés à une telle
union, notamment parce que la jeune fille n’avait alors que quinze ans."
Début septembre, de nombreux pretres et laics chrétiens de Kidapawan ont
observé quatre jours de jeune pour protester contre les activités hostiles
à l’Eglise de la part de certains militaires et d’anciens fidèles de Marcos.
En janvier 1986, un mois avant d’etre élue à la présidence du pays, Corazon Aquino avait promis, lors de sa campagne électorale, de veiller à ce
que justice soit faite dans l’affaire de l’assassinat du Père Tullio Favali. (apic/cip/cor)