Pour le droit au logement et contre la spéculation "éhontée"
Manille, 21janvier(APIC) "La présente administration n’a pas mis d’ordre
dans sa propre maison, quant aux graves problèmes de logement des pauvres".
La critique émane du cardinal Jaime Sin. Elle est publiée dans sa dernière
lettre pastorale. L’archevêque de Manille y signale plusieurs points sur
lesquels il estime que le gouvernement philippin est resté inactif, malgré
la loi votée dans le courant 1992 sur le développement et l’habitat urbains. Cette loi prévoit l’établissement d’un plan d’action nationale, mais
personne n’a encore été désigné pour diriger l’équipe chargée de sa mise en
application.
La loi sur l’habitat prévoit en effet le lancement d’un programme national de distribution de parcelles de terrain, où les pauvres pourraient rebâtir leur demeure grâce à une aide du gouvernement. Mais, dit le cardinal,
"dans notre seul diocèse, on a procédé à des démolitions en 18 endroits et
privé ainsi de logement quelque 2’500 familles de squatters. Rien n’a été
fait pour les reloger!" La loi prévoit aussi qu’un préavis de 30 jours doit
être donné: "Cette règle a été largement ignorée".
Mgr Sin précise en outre que pendant qu’on met en place les divers mécanismes de la loi sur l’habitat, des gens sont toujours arrêtés en vertu
d’un décret signé par Ferdinand Marcos contre les squatters. Il faut,
écrit-il, faire passer dans la pratique les objectifs de la loi, afin d’alléger la souffrance des sans abri.
Ces propos qui dérangent...
Mais l’action du cardinal ne plaît pas à tout le monde. Un éditorialiste
du quotidien "Philippine Daily Enquirer" s’en prend à lui, l’accusant de
"simplisme". "Le bon cardinal, écrit-il, ferait mieux de continuer à s’occuper de questions doctrinales en rapport avec les problèmes de population,
plutôt que de lancer des platitudes sur les squatters et les problèmes de
logement". Beaucoup plus grave, poursuit l’éditorialiste, "le cardinal s’en
prend à deux grands principes de la société: le respect de la loi et le
droit à la propriété, même s’il ne dit pas vraiment que les gens devraient
squatter là où bon leur semble". Selon le journaliste philippin, il ne manquera pas de politiciens pour prendre fait et cause pour le cardinal, ne
serait-ce que dans le but d’augmenter leur capital de voix. Et de conclure:
"L’excès de simplicité est coupable".
Si les propos du cardinal dérangent l’éditorialiste du quotidien en question, ils recueillent en revanche l’assentimement de nombre de personnes,
dont celui du Père jésuite Joël Tabora, co-directeur du "Comité d’action en
faveur des pauvres des villes". Il explique comment le cardinal Sin a joué
un rôle de premier plan dans l’élaboration de la loi sur l’habitat. C’est à
sa demande et sur son insistance que "M. Francisco Sumulong, à l’époque
leader de la majorité au parlement, a finalement accepté de présenter ce
projet de loi qui fut voté le jour même".
La lettre pastorale du cardinal Sin se termine par ce constat qui fait
mieux comprendre la réaction de l’éditorialiste, lequel sans nul doute vit
à des années lumières des réalités qu’affrontent les plus marginalisés.
"Les problèmes d’habitat se posent de manière aiguë dans toute l’agglomération du grand Manille. Les pauvres habitent dangereusement au bord des
égouts à ciel ouvert, à proximité des voies ferrées, sous les lignes à haute tension et sur les décharges publiques. Si nous refusons de donner aux
pauvres des logements convenables et décents, notre système d’utilisation
du terrain, qui donne pratiquement un droit absolu à des personnes privées
et leur permet de se lancer dans des spéculations éhontées, doit être considéré comme immoral et socialement injuste", conclut Mgr Sin. (apic/edapr)