Philippines: L’Eglise catholique va-t-elle peser (130591)
Réouverture de "Radio Veritas" à point nommé
Manille, 13mai(APIC) Les électeurs philippins ne se préoccupent sans doute guère pour l’instant des présidentielles de 1992. D’autres le font à
leur place, à commencer par les partis politiques. L’Eglise catholique ne
demeure pas en marge elle non plus. Et plusieurs personnalités catholiques
se sont déjà exprimées pour dire que l’Eglise ne soutiendra officiellement
aucun candidat. Beaucoup cherchent néanmoins à évaluer quelle influence elle aura sur ces élections. Une influence qui pourrait croître encore avec
la reprise, le 1er mai dernier, des émissions de "Radio Veritas". Une radio
notamment placée sous la responsabilité du cardinal Sin.
Dans un pays où 83% de la population est catholique, où la hiérarchie a
joué, en 1986, un rôle important dans l’établissement du "pouvoir du peuple", les interrogations à propos de la partition que pourrait être amenée
à choisir l’Eglise, officiellement ou officieusement, sont nombreuses. On
cite d’ailleurs plusieurs remarques faites au cours du second concile plénier des Philippines, tenu du 20 janvier au 17 février 1991, où l’on déplorait l’absence de véritables alternatives parmi les partis politiques existants.
Le cardinal Jaime Sin, archevêque de Manille, avait auparavant publiquement conseillé à Mme Aquino de se retirer à la fin de son mandat. Il
s’était même déclaré, "à titre privé", en faveur de M. Orbos, conseiller
auprès de la présidence. On dit aussi qu’il encourage M. Osmena, gouverneur
de Cebu, à se lancer dans la compétition. En fait, une dizaine de candidatures sont déjà connues aujourd’hui. Celle de M. Ramos, ministre de la Défense, alimente les spéculations. Il est en effet de religion protestante.
Certains pensent que les évêques pourraient, en privé, se prononcer contre
lui.
"La seule force crédible"
Pourtant, Mgr Bacani, évêque auxiliaire de Manille et président de la
Commission épiscopale pour les Affaires publiques, promet bien que l’Eglise
ne s’opposera à aucun candidat pour des questions de religion. Le Père P.
Reuter, directeur des moyens de communication, ajoute pour sa part: "Les
évêques ne réagiront en aucune manière si M. Ramos est élu. S’ils ont des
difficultés avec lui, ce sera en raison de ses liens avec l’Amérique et non
pas pour des questions religieuses". Et de relever: "Il n’y a aucune chance
pour que l’Eglise se mette en bloc derrière un candidat unique, tout simplement parce que ce n’est pas dans la nature des évêques. Ils sont beaucoup trop individualistes".
Les catholiques dominent pourtant le "Mouvement uni pour le pouvoir du
peuple" (MUPP), favorable à M. Ramos. Pour Ricardo de la Cruz, président du
MUPP, "la religion peut être un obstacle, mais ce n’est pas vraiment un
problème. Le ’vote catholique’ n’existe pas, c’est un mythe. En fin de
compte, on choisira d’après les aptitudes du candidat et non d’après sa religion".
L’influence de l’Eglise catholique n’en sera pas moins déterminante, en
particulier dans la région de Bicol et dans les Visayas, au centre de l’archipel, où les politiciens n’hésitent pas à prendre conseil auprès des évêques. Le Père Reuter explique à ce propos: "L’Eglise catholique constitue
la force la plus importante dans le pays. Nous sommes plus puissants que le
gouvernement. En ce moment, nous sommes la seule force crédible".
Quel rôle pour "Radio Veritas"?
Une force qui s’est accrue de manière significative depuis le 1er mai
dernier, lorsque "Radio Veritas" a repris ses émissions à usage "domestique". Le financement de la station, qui jusqu’à sa fermeture au début de
cette année, était exclusivement l’affaire de l’Eglise, est désormais prise
en charge, au moins partiellement, par divers groupes financiers. La présidence de la nouvelle équipe de direction a été confiée à Mgr Teodoro Buhain, évêque auxiliaire de Manille. Le cardinal Sin et trois autres évêques
en font partie.
"Radio-Veritas-Philippines" réunit 27 stations émettant sur ondes moyennes à travers le pays. Elle est l’un des plus puissants réseaux de radiodiffusion aux Philippines. L’importance de cette radio est d’autant plus
grande que dans les campagnes, la majorité des habitants ne disposent pas
d’autre moyen d’information que la radio. La nouvelle direction promet bien
de ne faire campagne pour aucun candidat en particulier. Les critères de
choix, tels qu’ils seront donnés par l’Eglise, ne manqueront pas, cependant, d’"être largement diffusés à travers le pays", notent toutefois les
observateurs. (apic/eda/pr)