Manille, 8août(APIC) Après avoir joué un rôle actif dans la vie sociale
et politique des Philippines pendant une décennie, l’Eglise catholique de
ce pays semble adopter aujourd’hui une position plus modérée. Elle se tourne maintenant "vers l’orthodoxie", vers ce que l’évêque et jésuite Francisco Claver appelle "l’action sociale traditionnelle".
Sa préoccupation n’est plus politique, mais principalement économique,
donc axée sur le développement en général. Ce qui permet aux évêques des
Philippines de se consacrer davantage à des programmes d’action sociale et
des projets de développement. Selon Francisco Claver, qui dirige le secrétariat national des évêques pour l’action sociale (NASSA), ce changement
est intervenu après la révolution de 1986 qui a vu la chute du dictateur
Ferdinand Marcos. "La révolution a complètement changé le contexte de notre
action sociale, ce dernier s’inscrit dans un cadre de liberté et de
démocratie", a-t-il déclaré.
Les premières pressions en faveur de ce changement étaient apparues au
sein de la hiérarchie ecclésiastique, il y a quelques années déjà. De
nombreux évêques se sentaient en effet mal à l’aise vis à vis des mouvements d’opposition au gouvernement Marcos. Mais l’archevêque Leonardo Legaspi, actuellement président de la Conférence épiscopale des Philippines
s’était exprimé en se prononçant contre l’attitude militante de l’Eglise.
Pour lui, "les idées du NASSA étaient erronées en même temps quelles défiaient l’autorité de l’Eglise". Autre crainte de l’archevêque Legaspi: "De
tels programmes idéologiques ne conduisent pas à la réconciliation nationale, mais débouchent sur un conflit de classe".
Le NASSA, fondé en 1966 par la Conférence épiscopale, réclamait notamment des réformes pour répondre au malaise social croissant qui alimentait
la rébellion communiste. Ses premières activités consistaient à développer
des programmes dans le domaine de l’agriculture, de la santé, et de la production alimentaire, en soutenant aussi des organismes qui favorisaient le
crédit. Avec le renforcement de la loi martiale, en 1972, le travail social
du NASSA l’avait amené à lutter contre les inégalités politiques et sociales. Il avait notamment pris parti pour les défavorisés et les victimes du
régime. "L’Eglise doit être l’Eglise des pauvres", avait l’habitude de dire
l’évêque Julio Labayen, président du secrétariat à ces débuts.
Face à la crise nationale
Au milieu des années 70, le NASSA avait développé les organisations communautaires, collaboré avec les syndicats et les associations pour aider la
population défavorisée des villes, et aussi donner des fonds en faveur de
projets touchant à la santé.
Le débat interne au sein de l’Eglise catholique devenait cependant
public l’an passé, après la publication, par un quotidien local, d’une
série d’articles accusant le NASSA d’avoir versé de l’argent au Front
démocratique national clandestin. L’enquête menée par l’Eglise n’ayant pas
réussi à confirmer ces accusations, la Conférence épiscopale décida néanmoins de réorganiser le NASSA et son travail.
Et si l’évêque Labayen admet que l’accent avait été trop mis sur l’action politique, en revanche, il n’accepte pas la façon qu’ont de nombreux
évêques de voir la situation, la crise nationale et les moyens de la
résoudre. "Nous devons nous souvenir que les changements au sein du secrétariat ont été amenés par les évêques, non par le Peuple", s’est-il exprimé
en précisant: "Certaines décisions ont été prises d’en haut, mais la base
devrait pouvoir jouer son rôle dans la définition de la politique".
(apic/soe/pr)