L'ancien président philippin Rodrigo Duterte a été arrêté le 11 mars 2025 par les autorités philippines sur la base d'un mandat d'arrêt délivré par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité en relation avec des meurtres commis dans le cadre de la ‘guerre contre la drogue’ qui a fait entre 12’000 et 30’000 victimes.
Selon le gouvernement philippin, Rodrigo Duterte, 79 ans, a été placé en détention le 11 mars à l'aéroport international de Manille, à son retour d'un voyage à Hong Kong. La veille encore, s’exprimant face à des travailleurs philippins expatriés à Hong Kong, il a justifié sa guerre brutale contre la drogue: «Quel est mon péché ? J'ai tout fait à mon époque pour la paix et une vie paisible pour le peuple philippin.”
Entre 12’000 et 30’000 morts
Les associations de défense des droits de l'homme et les organisations religieuses estiment qu'entre 12’000 et 30’000 personnes, pour la plupart des pauvres soupçonnés de trafic de drogue provenant de ghettos sordides et des bas-fonds de ce pays à majorité catholique, ont été tuées sous le régime de M. Duterte.
«L'arrestation de Rodrigo Duterte est une étape attendue depuis longtemps par les milliers de victimes et de survivants de la ‘guerre contre la drogue’ menée par son administration, qui a transformé une grande partie des Philippines en une nation en deuil”, a réagi Amnesty International (AI). L'homme qui avait déclaré: «mon travail est de tuer» a supervisé le meurtre d’un grand nombre de personnes, y compris d'enfants, dans le cadre d'une campagne d’assassinats d’Etat généralisée et bien organisée.
Un espoir pour toutes les victimes
«L'arrestation de Duterte sur mandat de la CPI est un signe d'espoir pour les victimes aux Philippines et au-delà. Cela montre que les auteurs présumés des crimes les plus graves, y compris les dirigeants gouvernementaux, peuvent être et seront traduits en justice, où qu'ils se trouvent dans le monde. À l'heure où trop de gouvernements renient leurs obligations envers la CPI, tandis que d'autres attaquent ou sanctionnent les tribunaux internationaux, l'arrestation de Duterte est un moment important pour le pouvoir du droit international», a commenté AI.
Les autorités philippines doivent maintenant livrer Duterte à la CPI à La Haye pour qu'il soit jugé pour les crimes contre l'humanité présumés. Le président Duterte avait unilatéralement retiré les Philippines du traité fondateur de la CPI en 2019, mais le régime actuel du président Marcos a indiqué qu'il pourrait néanmoins lui être remis.
Le peuple philippin a droit à la justice
Renato Reyes, président du groupe progressiste Bagong Alyansang Makabayan (Nouvelle alliance patriotique), a appelé le peuple philippin à se tenir prêt et à rester vigilant, rapporte l’agence catholique Ucanews. « Le peuple doit faire connaître sa demande de justice et son rejet de tout compromis avec le camp de l'ancien président », a-t-il ajouté.
Renato Reyes a exhorté l'administration du président Ferdinand Marcos Jr. à « faire son travail en veillant à ce que les responsabilités soient établies pour les autres affaires qui n'ont pas été déposées ou qui n'entrent pas dans le champ d'application de la CPI ».
«L'ancien président Duterte était au centre d'une grave crise des droits humains aux Philippines, mais il n'est pas le seul soupçonné de responsabilité pénale, et les violations n'ont pas cessé depuis qu'il a quitté ses fonctions. Il incombe au gouvernement actuel de veiller à ce que les enquêtes et les poursuites ne s'arrêtent pas à son arrestation et s'étendent à tous les responsables de violations des droits humains dans le cadre de la ‘guerre contre la drogue’, a -t-il conclu. (cath.ch/ucanews/mp)