Philippines: Amnesty International dénonce la répression militaire
Berne, 25 février(APIC) Des centaines de personnes auraient été assassinées depuis 1988 aux Philippines par des forces gouvernementales ou par des
groupes soutenus par le gouvernement, dénonce Amnesty International dans
son dernier rapport intitulé "Philippines : the killing goes on". Dans un
communiqué diffusé mercredi, l’organisation de défense des droits de l’homme signale en outre que l’armée continue à jouer un rôle de premier plan
dans la vie politique du pays. Le gouvernement a en effet donné toute latitude aux militaires pour lutter contre l’opposition armée.
En confiant au pouvoir militaire la lutte contre les opposants, le gouverment encourage en fait les violations des droits de l’homme et notamment
les exécutions extrajudiciaires, procédés auxquels il cherche par ailleurs
à mettre un terme par des mesures officielles.
Les autorités prétendent que ces "opérations de sauvetage" ou "salvaging" constituent des incidents isolés et que les victimes sont des opposants armés tués au combat. Selon Amnesty, il s’avère cependant que de nombreuses personnes sans aucun lien avec l’opposition, dont des personnes
âgées et des enfants en bas âge, ont été exécutées sans jugement. De nombreuses victimes ont été abattues dans leur maison ou sur leur lieu de travail.
Une famille de 19 personnes exécutée
En août 1990, 19 personnes dont une femme enceinte et 6 enfants ont été
abattues par les soldats. Ces derniers étaient venus pour arrêter le chef
de famille, soupçonné d’être un rebelle musulman. Selon les autorités militaires, le suspect aurait tenté de s’échapper en tuant deux soldats avant
d’être lui-même abattu. Toute la famille a été ensuite alignée devant la
maison et fusillée.
Amnesty estime que la banalisation de tels actes remonte au régime Marcos, époque où le pouvoir écrasait sans pitié tous ceux qui osaient exprimer le moindre désaccord.
Six ans après la chute de Marcos et malgré l’institution d’un régime démocratique, le gouvermenent et l’armée restent très marqués par le souci
d’éliminer les groupes armés d’opposition notamment la "New People’s Army"
(NPA). Au moment de son accession au pouvoir, l’actuel gouvernement avait
fait naître l’espoir de voir la situation des droits de l’homme s’améliorer. Malgré la libération de prisonniers politiques, la promulgation d’une
nouvelle constitution et la signature de plusieurs traités internationaux,
le gouvernement ne s’est pas attaqué au vrai problème, à savoir le pouvoir
et la place de l’armée dans la société. Le gouvernement, quelle que soit sa
couleur politique, doit contrôler l’armée pour empêcher les violations de
droits de l’homme, estime Amnesty International.
L’armée a les mains libres pour lutter contre les opposants
La stratégie "d’approche totale" qui donne aux commandants des régions
militaires une autonomie considérable dans leur lutte contre l’opposition
armée est une des causes principales des violations perpétrées dans le
pays. Le Sénat comme le gouvernement philippins l’ont d’ailleurs admis.
Cette pratique a aussi donné naissance à tout un réseau de milices et de
"vigilantes" non officiels difficilement contrôlables.
Les autorités se permettent en outre d’accuser publiquement toute personne soupçonnée d’appartenir à l’opposition. Cette pratique de l’"étiquetage des communistes" est à l’origine de plusieurs centaines d’exécutions
extrajudiciaires. Elle a frappé les membres de communautés tribales, les
militants syndicaux, le clergé, les collaborateurs laïcs de l’Eglise comme
les avocats défenseurs des droits de l’homme.
Les meurtres commis par la "New People’s Army" contribuent à aggraver la
situation des droits de l’homme. Le mouvement d’opposition armée est lui
aussi responsable de la mort d’agents du gouvernement, de militants
syndicaux ou d’Eglises. "Mais cela ne peut en aucun cas servir d’excuse au
gouvernement pour sa propre brutalité", précise Amnesty International.
Malgré l’ouverture d’un certain nombre d’enquêtes, aucun militaire n’a
jamais été condamné pour avoir participé à des exécutions extrajudiciaires
ou à d’autres violations des droits fondamentaux. Sur les 85 cas présentés
dans le rapport d’AI, un seul a donné lieu à un procès. L’ensemble du
dispositf d’enquête est a priori favorable à l’armée. Les enquêtes et les
poursuites se déroulent au sein du système militaire. Les témoins, les
avocats et les militants qui osent s’en prendre à l’armée sont souvent
menacés et parfois assassinés. (apic/com/mp)