"Inacceptable pour les chrétiens"
Berne, 24juin(APIC) Une pétition lancée par trois conseils paroissiaux
réformés de la ville de Berne contre "un nouveau durcissement" de la politique d’asile de la Suisse, "inacceptable pour les chrétiens et les chrétiennes, les Eglises et les organisations de défense des droits de l’homme"
a été remise au Conseil fédéral et présentée au cours d’une conférence de
presse à Berne lundi 24 juin. La pétition vise plus particulièrement l’engagement de l’armée aux frontières de la Suisse pour dissuader les réfugiés
ainsi que l’article 9 de la loi sur l’asile (mesures d’exception). Elle demande au Conseil fédéral de renoncer "strictement et sans équivoque" à ces
mesures.
Six semaines ont suffi pour obtenir le soutien de nombreuses autorités
régionales et locales et de plus de 200 organisations des milieux ecclésiaux - catholiques et catholiques-chrétiens également -, humanitaires et
politiques et rassembler plus de 4’500 signatures. La pétition a eu "un
écho étonnant, et ceci aussi dans des milieux dont dépend l’Etat pour l’application de sa politique d’asile", s’est exclamé le pasteur Theo Brüggemann, représentant des conseils paroissiaux de Bethlehem, Nydegg et Paulus,
qui ont lancé la pétition.
La pétition dénonce l’abus que constitue l’engagement de l’armée aux
frontières contre des gens qui ne jouissent d’aucune protection. "Les requérants d’asile sont ainsi considérés comme des ennemis de notre pays et
le réflexe défensif de la population est ainsi renforcé", a affirmé Pius
Hafner, secrétaire de la Commission suisse "Justice et Paix". Celle-ci,
dans une lettre adressée au Conseiller fédéral Arnold Koller, chef du Département fédéral de justice et police, déclare soutenir les buts de la pétition, qui précise en outre que "l’engagement de l’armée aux frontières
suisses constitue pour les soldats une épreuve de conscience insupportable".
"Attitude complice"
Pour les signataires, dissuader les réfugiés aux frontières c’est "prendre ses distances face à l’injustice et au désordre de ce monde" et "par
cette attitude se rendre complice de la propagation de l’un et de l’autre.
Cette ’mesure extrême’ (l’armée aux frontières) ne fait qu’envenimer le
climat politique intérieur, paralyser la disponibilité à chercher des solutions humaines et nuire à l’image de marque de la Suisse à l’étranger".
Cette mesure ainsi que l’article 9 "ne sauraient parler un langage humain,
mais au contraire celui de l’épouvante. C’est ainsi que nous nous privons
nous-mêmes de tout sens empreint d’humanité".
Les signataires peuvent compter sur le soutien des Eglises catholique et
protestantes en Suisse. Une lettre accompagnant la pétition souligne que la
Conférence des évêques suisses (CES) va dans le même sens. Fin février, la
Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS) et l’Entraide protestante suisse (EPER) avaient déjà protesté contre l’engagement de l’armée
aux frontières. (apic/gbr/cor)