Une "guerre" qui a fait 400 morts en 87
Fribourg, 11avril(APIC) Xavier Arbex, 45 ans, est un prêtre genevois. De
1974 à 1980, il a travaillé au sud du Pérou, dans le département de Puno.
Après avoir dirigé à son retour en Suisse le Foyer Saint-Vincent de Genève,
il est retourné au Pérou en 85 ou il travaille avec les chercheurs d’or
dont "personne ne s’occupe". "Je n’arrivai plus à accorder mon instrument
ici", a-t-il confié à l’agence APIC lors d’un récent voyage en Suisse. Il
commente pour nous le triple défi que représente son engagement pour la
justice sociale dans une zone ou vivent plus de 10.000 chercheurs d’or.
Mazuko, aux pieds du versant amazonien des Andes, à 300 km de Cuzco et
170 de Puerto Maldonado. Le centre d’une région grande comme la Suisse romande, traversée par le fleuve Inambari. C’est à Mazuko, habité depuis
moins de 20 ans, que le Père Xavier Arbex a fondé la mission où il travaille aujourd’hui. 25.000 habitants environ vivent dans la région, regroupés
dans 22 communautés parmi lesquelles Huaypetue, un sordide village de chercheurs d’or.
La zone a été peuplée par des Péruviens fuyant leurs villages touchés
par la guérilla du Sentier lumineux ou du Mouvement révolutionnaire Tupac
Amarou. Mais aussi des enfants des banlieues de Cuzco, Juliaca, Puno, Arequipa et même de Lima, et des repris de justice.
Traditionnellement, l’or, le caoutchouc, le bois et les noix du Brésil
forment les ressources du Département de "Madre di Dios" dans lequel se situe la région ou travaille le Père Xavier Arbex. Mais ce qui l’a attiré
dans cette région, ce sont les chercheurs d’or. "Comme le cours de l’or est
monté, il y a une ruée vers l’or", affirme Xavier Arbex, mais "personne ne
s’est jamais préoccupé du problème de ces chercheurs d’or". "Tu vas chercher de l’or, c’est comme au Far West, débrouille-toi".
Il y a trois sortes de chercheurs d’or. Ceux qui sont embauchés par une
multinationale sont peu nombreux et assez bien protégés. Il y a les
indépendants de tout poil. Et les ouvriers recrutés dans les villages de la
Cordillière par des intermédiaires pour de petits patrons : ce sont de
vrais esclaves.
Un ouvrier trouve en moyenne 1g d’or par jour, ce qui lui fait 10 dollars, et 300 dollars par mois : ça représente un beau pécule. Au Pérou, un
salaire de 150 dollars par mois est déjà un très bon salaire. Les ouvriers
recrutés par les petits patrons ne profitent pourtant pas de cette richesse. Leur situation est terrible. Xavier Arbex explique : "Ils sont complètement anonymes, on ne sait pas qui c’est, personne ne connaît leur nom et
il y en a beaucoup qui disparaissent". 230 d’entre eux ont disparu en 87.
S’ils tombent malade, les patrons les suppriment. Ils s’endettent auprès de
leurs patrons qui ne les paient pas. Ceux-ci ont des des magasins ou les
ouvriers sont contraints d’acheter leur nourriture.
Xavier Arbex continue . "L’année dernière, il en est mort 78 dans mes
bras". Ce sont eux les premiers destinataires de son assistance : "J’ouvre
ma porte, et devant ma porte, qu’est-ce que je vois ? Je vois des types qui
sont là, paumés, en loques. Il faut les soigner et les envoyer chez eux,
trouver des cammioneurs qui puissent les reconduire chez eux". Ces ouvriers
sont de véritables "esclaves" des patrons. Au total, cette "guerre" a fait
350 à 400 morts l’année dernière, morts ou disparus.
Le second défi, c’est de monter une agriculture dans cette zone. Il y a
dans cette région 300 familles de paysans environ. Ils pourraient cultiver
du riz et du maïs et le vendre aux chercheurs d’or. Il faut aider ces paysans à s’organiser, à trouver des semences, à élever des poulets et des
porcs, à acheter des véhicules pour transporter leurs produits aux centres
miniers. "Les paysans sont très dispersés, ils ne sont pas organisés", commente Xavier Arbex.
Et il y a les jeunes. On compte aujourd’hui 1000 jeunes scolarisés dans
la région. Pour le Père Xavier Arbex, une des ses priorités, c’est de "les
protéger contre la décadence minière, avec l’immoralité qui l’accompagne".
Les filles qui étudient à Mazuko dorment souvent dans des tripots, servent
dans les bars et vivent dans une "promiscuité désasteuse".
Le Père Xavier Arbex parle de son activité avec les villageois. "On travaille dans le style des communautés de base, mais avec tout le monde". 9
catéchistes travaillent déjà dans la région. On ne peut pourtant pas parler
de communautés de base au sens strict, "il manque encore un noyau".
La prochaine visite du pape, "en mars, personne n’en parlait". Le pape
sera seulement de passage au Pérou. "On n’attend pas seulement une parole,
on attend aussi des directives d’appui à ce qui se fait pour la défense des
paysans, pour la défense des petits". "Les gens aiment bien le pape. Pour
eux, c’est une occasion de fêter Dieu. Ils trouvent la manifestation de
Dieu dans beaucoup de choses". "Dans les camions, dans les bistrots, tu
peux avoir un grand poster du pape et à côté tout autre chose". "Le pape,
représente une espérance, même si on ignore ce qu’il dit." (apic/be/ym)