Pérou: un an après le putsch du président Fujimori (070493)
Mais Caritas mise sur le retour à la stabilité du pays
Lima/Lucerne, 7avril(APIC) Le 5 avril 1992, le président Alberto Fujimori
ordonnait la dissolution du Parlement et proclamait l’Etat d’urgence. Un an
après, en dépit des succès enregistrés dans la lutte antiterroriste, la
violence demeure quotidienne. Plusieurs organisations d’entraide ont d’ailleurs dû suspendre leur travail en raison de l’insécurité. Caritas Suisse
prévoit pour sa part de consolider son programme.
Intolérable du point de vue des droits de l’homme, la situation l’est
également au niveau économique et social. "Historiquement, notre pays est
divisé en deux sociétés incapables de fusionner pour former une nation",
constate Alfredo Valencio Justo, un collaborateur de Caritas Pérou,
l’oeuvre d’entraide de l’Eglise catholique. D’un côté, une petite élite
d’origine européenne qui représente à peine 2% de la population, mais qui
accapare richesses et pouvoir. De l’autre, la masse des déshérités, Indiens
et métis, soit 80% des Péruviens condamnés à survivre au jour le jour, sans
aucune perspective d’avenir.
Le jouet du FMI
A l’instigation du Fonds monétaire international, le président Fujimori
avait décrété en 1990 un plan d’austérité, le "Fujishock", en vue d’assainir les finances de l’Etat et de remettre à flot l’économie. Les coupes
sombres effectuées dans les budgets sociaux - subventions de produits alimentaires, dépenses liées à la santé et à l’éducation - ont frappé de plein
fouet les plus démunis. Si bien que la sous-alimentation et la mortalité
infantile ont pris des proportions "africaines".
Tandis que les écoles et les hôpitaux sont à l’abandon, l’Etat péruvien
privatise et licencie à tour de bras, aggravant le chômage et le sous-emploi. Dans les villes, 80 à 90% des personnes actives n’ont pas de travail
régulier et doivent se contenter de petits jobs occasionnels et mal rétribués. La situation n’est pas plus enviable dans les campagnes. D’autant que
l’an dernier la Banque agraire a fermé ses guichets, privant les petits
paysans de tout accès au capital nécessaire pour améliorer le rendement de
leurs cultures.
Le Pérou s’enfonce dans le sous-développement. Et sans le milliard de
dollars injecté bon an mal an par les trafiquants de drogue dans son économie, le pays n’aurait probablement pas survécu...
L’Eglise en première ligne
Avec ses 41 diocèses et 995 paroisses, l’Eglise est l’une des rares
structures toujours actives à l’échelle nationale et, surtout, qui bénéficie encore de la confiance des gens. Ainsi Caritas soutient-elle l’émergence des mouvements populaires qui prolifèrent un peu partout au Pérou, afin
de pallier au vide laissé par le démantèlement des institutions publiques.
Associations de quartiers, comités de paysans ou clubs de mères, les organisations de base ont tissé au fil des années un réseau de solidarité qui
s’étend à tout le pays.
Caritas Suisse soutient depuis 1990 un programme dans le sud du Pérou.
Accablée par trois années consécutives de sécheresse, cette région souffre
d’une grave disette. L’exode rural s’est encore accéléré. Grâce aux efforts
entrepris conjointement avec les communautés concernées, l’hémorragie a cependant pu être partiellement endiguée. "Dans le district de Sicuani, des
familles qui avaient émigré sont revenues pour participer aux projets lancés par la Caritas locale", signale Christine Etienne, du département Amérique latine de Caritas Suisse.
Le programme donne également la priorité à la formation des collaborateurs péruviens et à la coordination des activités déployées par les Caritas locales. Ce faisant, Caritas Suisse entend renforcer son appui aux organisations de base, en vue de préparer le terrain pour un retour à la stabilité. Faute de quoi, il est peu probable que le Pérou parvienne jamais à
sortir de l’ornière du sous-développement. (apic/car/pa/pr)
ENCADRE
De l’aide d’urgence...
Le programme d’aide au Pérou de Caritas Suisse englobe 12 diocèses et
42’000 familles. Au cours des trois dernières années, les dépenses ont totalisé 2,4 millions de francs (dont les deux tiers avancés par la Confédération). L’essentiel de cette contribution a permis l’achat local de 2’115
tonnes de céréales, pommes de terre et légumes séchés produits par les petits agriculteurs. L’objectif visé est double: inciter les paysans à cultiver davantage que pour leur seule subsistance, et procurer à moindre frais
une aide alimentaire parfaitement adaptée à la diète des populations affectées par le "Fujishock" et la sécheresse.
La nourriture n’est toutefois pas distribuée gratuitement. En échange,
les bénéficiaires s’engagent à réaliser des petits projets imaginés pour
développer les infrastructures rurales (constructions de canaux d’irrigation, de réservoirs d’eau, aménagement de routes, terrassement et reboisement...). Dans le diocèse de Chuquibambilla, par exemple, 200 familles ont
creusé un canal de 3 km qui irrigue 160 hectares de terrain autrefois aride et caillouteux. En tout, pas moins de 260 petits projets ont ainsi vu
le jour.
... au développement durable
Mis en oeuvre dans un contexte d’urgence, le programme s’est peu à peu
orienté vers le développement à plus long terme. Caritas Suisse envisage à
présent de consacrer environ un million de francs sur un an pour consolider
son soutien. Mais il ne sera plus question d’aide alimentaire.
Pour Caritas, il s’agit désormais de se concentrer entièrement sur la
promotion d’activités productives sous forme de mise en place de fonds de
rotation pour semences et outils agricoles, de lutte contre l’érosion des
sols et de création de pépinières pour accélérer la reforestation. Il est
également prévu d’accroître la production locale d’engrais naturels, afin
de réduire la dépendance des petits cultivateurs à l’égard des fertilisants
chimiques importés à prix d’or. (apic/car/pa/pr)