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    à 10 jours de la visite du pape

    Pérou : terrorisme : sonnette d’alarme (050588)

    Lima, 5 mai (APIC/Pierre Rottet) Plus de 10’000 policiers et militaires seront sur le pied de guerre durant les trois jours ou le pape Jean Paul II

    sera sur sol péruvien, du 14 au 16 mai prochain. Un contingent qui ne sera

    pas de trop. Avec la visite du souverain pontife coïncidera en effet le

    huitième anniversaire de la lutte armée du parti communiste péruvien - Sentier Lumineux (PCP-SL), initiée le 17 mai 1980. Un anniversaire que la subversion célèbre généralement chaque année à sa façon, à la dynamite ou avec

    le fusil.

    Si tout le monde a encore en mémoire l’attentat commis par le PCP-SL

    qui, en février 1985, au troisième jour de la première visite au Pérou du

    Saint Père, avait plongé dans l’obscurité la plus totale Lima et ses

    environs, chacun ici se demande si les terroristes du PCP-SL ne préparent

    pas cette fois encore un nouveau coup de force destiné à marquer ce

    huitième anniversaire.

    Pas étonnant dès lors que des mesures de securité exceptionnelles aient

    été prises par les forces de l’ordre qui entendent ainsi prévenir

    d’éventuelles actions. L’une de ces mesures consistera à boucler au public,

    pendant 48 heures au moins, l’enceinte de la vieille ville à l’intérieur de

    laquelle se trouvent la "plaza de armas", le palais présidentiel et la

    cathédrale.

    La crainte est bien réelle de voir se multiplier les actes d’une

    violence semble-t-il plus présente que jamais malgré les affirmations

    contraires et rassurantes du ministre de l’intérieur José Barsallo. Et tout

    autant que l’inflation galopante, le problème du terrorisme touche de plus

    en plus les citoyens.

    En réalité, nombre d’observateurs, péruviens ou étrangers, constatent

    ces 4 derniers mois une recrudescence des actes terroristes et des

    assassinats.

    En huit ans d’affrontements, indiquent de plus des sources

    gouvernementales, la lutte armée a causé la mort de près de 10’500 civils de 13’000 selon le PCP-SL -, dont une grande majorité de "campesinos". Ces

    mêmes sources relèvent en outre les assassinats de 1668 policiers et

    militaires.

    Autre bilan révélateur: la valeur des biens détruits depuis le début de

    l’insurrection atteindrait 5’500 millions de dollars.

    Condamnant la violence sous toutes ses formes, le père Gustavo

    Gutierrez, l’un des principaux leaders de la théologie de la libération,

    c’est-à-dire de l’Eglise des pauvres, en appelait récemment à Lima à la

    conscience de l’ensemble des péruviens afin qu’"ils oeuvrent pour la paix

    et la justice sociale dans le sens indiqué par la dernière encyclique

    pastorale du Vatican".

    Un appel que devait renouveler il y a 10 jours le cardinal péruvien Juan

    Landazuri: "Cessons de faire couler le sang et d’assassiner nos frères, que

    viennent la paix et la fraternité", devait-il déclarer.

    Interrogé par la presse en septembre 1987 à propos du Sentier Lumineux,

    qui ne s’en était jamais pris jusqu’alors à l’Eglise et à ses dignitaires,

    Mgr Landazuri affirmait alors que "L’Eglise pourrait bien devenir le

    dessert de ce mouvement". Deux mois plus tard, en novembre, le père Acuna,

    aumônier des forces armées operant à Ayacucho et personnalité très

    contestée au sein des fidèles de sa paroisse, était assassiné dans son

    église par des membres supposés du PCP-SL.

    Cet acte contre l’Eglise créait un précédent. L’intervention, en public,

    du PCP-SL à l’Université de "San Marcos", à Lima, durant une manifestation

    estudiantine en juin 1987, en constituait un autre. Depuis lors, les terroristes ne se contentent plus d’étendre leurs actions partout sur le territoire péruvien. Ils ne craignent plus d’opérer à découvert, en plein jour,

    dans les rues ou ailleurs, comme ce fut le cas dimanche 1er mai dernier ou

    plus de 200 subversifs semèrent la panique dans le vieux Lima. Cela sous le

    nez et à la barbe de policiers dont l’absence de réactions est aujourd’hui

    largement commentée.

    Le doute n’est actuellement plus guère possible: l’infiltration de

    membres de ce mouvement dans les universités, dans les usines et les

    "pueblos jovenes" ainsi qu’an niveau des administrations publiques considérées comme stratégiques ou encore de certains ministères, voire à celui

    des forces armées et policières, est une realité. Elle l’est au point de

    faire dire au senateur Enrique Bernales, président de la commission "Pacification du pays" : "Le PCP-SL fait partie de notre réalité. Que nous ayons

    voulu l’ignorer, c’est une autre question". (apic/pr/ym)

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