Le deuxième "Parlement des enfants" en session
Lima, 21avril(APIC/Pierre Rottet) Une délégation composée de 101 enfants
péruviens venus des 25 départements du pays participent aujourd’hui à Lima
au deuxième "Parlement des enfants". Inauguré le lundi 18 avril, ce miniparlement prendra fin samedi 23. Durant 5 jours, ces parlementaires en herbe, à l’instar de leurs aînés, débattent des graves problèmes auxquels le
Pérou doit faire face, ... avec leurs yeux d’enfants, de gosses devenus
prématurément adultes.
Ils sont âgés de 10 à 13 ans, ces mômes qui, l’espace d’une semaine, ont
troqué le banc de l’école (quand ils y ont accès) pour celui, illusoire,
d’un parlementaire du pays. Cireurs de souliers et vendeurs ambulants parmi
les moins privilégiés, fils et filles issus d’horizons sociaux multiples,
tous et toutes revendiquent au nom des millions d’enfants du Pérou le droit
à une meilleure existence.
L’idée visant à faire assumer par des enfants la représentation des diverses régions d’un pays disparate au possible, de les investir d’un "pouvoir parlementaire" pourrait être séduisante, voire amusante. Mais la réalité est loin d’être rose pour des milliers d’enfants péruviens souvent
obligés à travailler pour subsister, devenus prématurément soutiens de familles, exploités, orphelins à cause d’une sauvage violence, témoins pour
beaucoup d’une terreur quotidienne.
Une démarche démagogique ?
La "démagogie" d’une telle démarche n’est pas perçue par ces 101 "parlementaires". Ils ont pour eux la spontanéité de l’enfance, un langage sans
détour et des convictions sincères. Leurs propos ont au moins le mérite de
la clarté. N’ayant pas d’électeurs à gagner à leur cause, ils ne proposent
rien, eux, ils demandent. Ils réclament ne serait-ce que le droit à vivre
leur vie d’enfant. Ils ne se font cependant pas d’illusions et ne prennent
pas vraiment au sérieux, - mais le pourraient-ils à voir leurs aînés ? leur rôle de parlementaires d’un moment.
L’un d’eux se nomme César. Il a 12 ans. Depuis l’âge de 8 ans, il cire
des souliers, des milliers de souliers. Ceux des touristes et des habitants
de Puno, au pied du lac Titicaca. Avec lui, quatre frères l’aident dans sa
tâche afin de faire vivre sa famille. "Nous autres, raconte Vladimir Espinoza, de 12 ans également, sommes les plus affectés par la violence. Il
existe au Pérou des milliers d’orphelins, d’enfants abandonnés ou qui grandissent au milieu de la terreur. De plus, affirme-t-il en même temps que
l’ensemble de ses camarades, la pauvreté nous maintient dans les conditions
d’une existence terrible". Vladimir habite "Cerro de Pasco", un village situé à 4000 mètres d’altitude. La violence s’y est incrustée plus que partout ailleurs sans doute.
Rafael Mena est un autre cireur de souliers. Le visage brûlé par le soleil et les vents froids des hauts plateaux andins, il raconte qu’il travaille souvent cinq, six, sinon huit heures par jour. Il évoque son village, ses peines, ses espoirs, la réalité d’une société marginalisée, la
sienne.
Wilfredo, lui, habite Huancavelica. Il a un peu plus de 10 ans. Il cire
pour cinq intis vos deux souliers, une dizaine de paires par jour. Cinquante intis. A peine moins que 50 centimes. Comme les enfants de son village,
il s’exprime en "castellano", en espagnol. Mais d’une manière hésitante. Sa
langue, c’est le quechua. Avec un grand sourire, il déclare être le seul
parmi ses 6 frères à travailler. "Les autres sont des fainéants", dit-il.
A ses côtés, un "parlementaire" de Lima, obligé de porter des charges
pour pouvoir subsister, témoigne en faveur d’enfants de la capitale qui
dorment dans les lieux publics, aux abords de la "Place d’armes" ou ailleurs. Autre témoignage, celui d’Eduardo Gomez, un garçon de Tumbes, une
ville située au nord du Pérou, à la frontière de l’Equateur. "A la frontière, dénonce Eduardo, les enfants sont utilisés pour vendre de la drogue et
pour faire office de "passeurs" entre le Pérou et l’Equateur".
Une drogue largement consommée par des enfants du reste, comme l’affirment des statistiques nationales. Drogue et prostitution infantile, problèmes de santé et de dénutrition ne sont pas les moindres fléaux auxquels
sont quotidiennement soumis nombre d’enfants péruviens. Et ce n’est pas un
"Parlement des enfants" qui y changera grand chose, mais la ferme volonté
de politiciens adultes, qui semble bien manquer dans le Pérou d’aujourd’hui. (apic/pr/be)