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    15’000 gosses utilisés pour l’extraction de l’or en Amazonie

    Pérou: les lavoirs de la mort pour des centaines d’enfants (200991)

    Lima, 20septembre(APIC) "Et combien allez-vous me payer?" demande Alex.

    1,5 sol. "C’est peu", réplique l’enfant. "D’accord, dit l’homme, je t’en

    donne deux (3,80 francs) par jour, mais seulement après 90 jours de travail

    et avec cela on te donnera à manger et des vêtements". Ce dialogue fait

    partie de l’illusoire accord obtenu par Alex Tite Huancaya, un gosse de 12

    ans, avec son employeur, Armando Cachi Tito, un propriétaire de lavoir

    d’or. Un propriétaire sur les centaines de patrons de "mine d’or" que compte la région de Madre de Dios située à l’extrême sud de l’amazonie péruvienne, où plus de 15’000 enfants sont quotidiennement exploités. Alex a eu

    plus de chance que nombre de ses camarades dont les corps ont été découverts récemment dans des fosses communes. Lui s’est échappé des lavoirs de

    la mort.

    L’histoire de ce gosse est celle de beaucoup d’enfants pauvres au Pérou

    qui rêvent d’échapper à la misère. Un rêve qui les conduit, à l’instar

    d’Alex, dans des "agences d’emplois" où des hommes sans scrupule liés aux

    propriétaires des lavoirs d’or négocient cette main d’oeuvre tombée des bidonvilles. Durant son séjour dans l’un de ces lavoirs de la région de Huaypetue, à quelque 1’300 kilomètre de Lima, Alex travaillait plus de huit

    heures par jour, "dormant" la nuit sur une planche, à côté d’une machine

    actionnée par un moteur perpétuellement en marche. Explication du patron:

    "L’enfant ne rendait pas beaucoup dans l’extraction de l’or. J’ai sacrifié

    son sommeil pour surveiller le moteur".

    Aux conditions de travail pénibles et aux nuits sans repos s’ajoutait la

    faim. La mauvaise alimentation que recevait Alex, riz, platano (banane) et

    yuca, a eu raison de sa santé après 53 jours de travaux forcés. Profitant

    d’un relâchement de la surveillance exercée par son patron, Alex s’est enfui. Le reste de l’histoire se résume en peu de mots: dénonciation des mauvais traitements infligés auprès de l’Inspection du Travail pour la région

    de Huaypetue, puis auprès d’une Commission gouvernementale venue de Lima

    afin d’enquêter sur les nombreux cas d’enfants exploités et maltraités.

    Alex est aujourd’hui dans un foyer pour enfants à Cusco. Son cas demeure

    cependant une heureuse exception.

    La main d’oeuvre des bidonvilles

    Les enfants constituent 50% de la main d’oeuvre utilisée pour l’extraction de l’or dans le Département de Madre de Dios. Agés pour la plupart

    entre 10 et 12 ans, ils viennent des régions de Cusco, de Puno et d’Apurimac pour travailler dans les quelque 6’000 "exploitations minières" recensées par la sous-direction régionale de l’Energie et des Mines. La majorité

    n’étant pas officiellement enregistrée, le destin de ces gosses échappe aux

    contrôles. Ils disparaissent un jour pour ne plus revenir.

    Les corps d’une trentaine d’enfants, travailleurs des lavoirs d’or, découverts récemment dans un cimetière clandestin de Huaypetue ont eu pour

    effet de déclencher une série d’enquête après la vague d’indignation suscitée par la nouvelle. Les photos et témoignages parus dans la presse de Lima

    ont causé un vif émoi. Les cadavres des enfants exhumés présentaient des

    traces évidentes de mauvais traitements, de tortures, de malnutrition, de

    tuberculose ou autres maladies. Selon des révélations faites par des survivants, les patrons faisaient surveiller les enfants durant la nuit par des

    gardes armés pour éviter les fuites.

    Interrogé à Lima, Raul Salorio Neyra, fonctionnaire au Ministère du Travail chargé d’enquêter sur l’esclavage des enfants, le trafic de gosses au

    Pérou remonte à plus de 10 ans. Selon lui, il a pris des proportions

    alarmantes ces 2 ou 3 dernières années. "Les propriétaires aguichent leurs

    victimes en leur promettant maison, repas, habits et argent. Ils préfèrent

    s’attaquer aux enfants abandonnés, certains qu’ils sont que ces derniers ne

    seront pas réclamés par leurs familles". (apic/sl/pr)

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