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    extérieure liés à la misère et à la violence

    Pérou: Les effets de la dette (150692)

    Fribourg, 15juin(APIC) L’administrateur apostolique de la prélature péruvienne de Sicuani, Mgr Albano Quinn, un religieux carme d’origine canadienne, a déclaré le 11 juin à Bruxelles que: "La dette extérieure est en train

    de nous tuer" Le Pérou traverse actuellement la période la plus difficile

    de son histoire. Les difficultés sont principalement de deux ordres: une

    misère comme le pays n’en a jamais connue et la spirale de la violence.

    Mgr Quinn a été reçu à Broederlijk Delen, l’association chargée de la

    campagne du Carême de Partage en Flandre. Présent au Pérou depuis 42 ans,

    Mgr Quinn administre depuis 21 ans le territoire de Sicuani, situé au sud

    de Cusco, dans la partie méridionale des Andes. C’est une prélature de

    305.000 habitants dont 298.000 catholiques.

    Le rôle de l’Eglise

    Selon Mgr Quinn, l’Eglise catholique du Pérou reste "la seule institution" en qui les gens, à commencer par les petits paysans, ont encore une

    relative confiance. Car les Péruviens ne se fient plus aux militaires qui

    ont été au pouvoir de 1968 à 1980, pas plus qu’aux politiques, qui ne semblent pas être en mesure d’endiguer "l’explosion de la misère" et ainsi

    d’arrêter la spirale de la violence.

    Mgr explique de la même manière la popularité dont jouit encore le président péruvien Fujimori, même après son "coup d’Etat constitutionnel" du

    début de cette année. Fujimori, remarque-t-il, n’appartient pas à la classe

    politique traditionnelle du Pérou; il ne peut donc pas être identifié sans

    plus avec "les militaires".

    L’administrateur apostolique de Quinn note cependant que l’Eglise péruvienne est divisée. "Chez nous, constate-t-il, ce sont les groupes chrétiens progressistes qui ont le vent en poupe. Ils jouent un rôle de plus en

    plus actif dans la pacification du pays. Ils dénoncent les atteintes aux

    droits de l’homme. Ils soutiennent l’aspiration à une véritable démocratie

    (que le Pérou n’a jamais connue), la révendication de la justice sociale et

    la reconnaissance de l’identité "nationale" des communautés indiennes".

    Cette frange de l’Eglise, observe l’évêque, conteste de manière vive

    "les riches élites du Pérou, qui entretiennent davantage de relations avec

    Miami qu’avec le reste du pays". C’est aussi dans les mêmes milieux ecclésiaux, ajoute-t-il, qu’on proteste avec le plus de fermeté "contre les terroristes" ajoute-t-il, qui veulent mettre le pays à feu et à sang".

    Entre riches et guérilleros

    C’est à la petite minorité aisée du Pérou que Mgr Quinn attribue "la

    plus grande part des responsabilités" dans la misère sociale et économique

    du pays ainsi que dans l’accroissement de la dette extérieure. Le drame est

    que le fardeau de cette dette, qui pèse désormais 18 milliards de dollars,

    repose essentiellement sur les épaules des plus pauvres, du fait qu’il n’y

    a plus de crédit, qu’on n’investit plus "et qu’on ne trouve plus les moyens

    de faire quoi que ce soit".

    "La dette extérieure nous tue!", s’exclame Mgr Quinn. "C’est une meule

    qui réduit toute l’Amérique latine â une misère inouïe."

    Pour les guérilleros du Sentier Lumineux ou du "mouvement de libération"

    Tupac Amaric, Mgr Quinn a des paroles très dures: "Ce sont des terroristes

    et des criminels. Ils laissent entendre qu’ils ont l’appui des classes populaires ou des Indiens. Mais c’est faux! Ce ne sont que de petits groupes

    d’intellectuels, fanatiques, radicaux et extrémistes. Malheureusement, ils

    sont bien armés. Ils tirent leurs moyens du trafic de la drogue. Avec eux,

    aucune forme de contact ou de concertation n’est possible."

    Le risque est grand, néanmoins, que la pauvreté qui touche la population

    pysanne pousse les "campesinos" dans les bras de la guérilla. C’est pourquoi Mgr Quinn insiste : "La meilleure manière de lutter contre les terroristes est de combattre la pauvreté et de renforcer la démocratie."

    Le défi de la pauvreté

    L’Eglise catholique du Pérou peut-elle jouer un rôle de médiateur dans

    le conflit qui oppose l’armée gouvernementale aux groupes de guérilla?

    "Beaucoup de chrétiens le souhaitent, répond l’évêque, mais il est très

    difficile d’amener à la table de négociations des parties qui ne veulent

    pas entendre parler de dialogue. C’est d’autant plus difficile qu’on a affaire, avec le Sentier Lumineux, à un mouvement très mystérieux, qui s’est

    constitué autour d’une figure plus mystérieuse encore: Gonzalo Guzman, un

    homme que personne n’a plus vu depuis dix ans."

    Dans les circontances actuelles, le cinquième centenaire de l’évangélisation de l’Amérique latine risque de passer assez inaperçu au Pérou. Mgr

    Quinn souhaite, en tout cas, que 500 ans après Christophe Colomb, on ne

    commémore pas seulement l’histoire qui s’est passée de 1492 à 1992, mais

    qu’on fasse les liens entre les souffrances d’hier et celles qu’endurent

    les "campesinos " d’aujourd’hui. C’est aussi ce que l’administrateur apostolique de Sicuani attend de la prochaine Assemblée de l’épiscopat latinoaméricain qui se réunira à partir du 12 octobre à Saint-Domingue: "J’espère qu’on partira de la misère d’aujourd’hui. Alors, nous verrons mieux où

    il faut aller. Et nous tirerons les leçons de l’histoire". (apic/cip/a.d)

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