"Je ne comprends pas comment la population de mon pays survit"
Bruxelles, 16juin(APIC/CIP) "Je ne comprends pas comment la population de
mon pays survit". Cet aveu, cette constatation, émane du sénateur péruvien
Rolando Ames. Très proche, au Pérou, des partenaires soutenus par diverses
Actions de Carême européennes, sénateur élu comme "Indépendant" sur la liste de "l’Union de la gauche" et ancien président de la Commission péruvienne d’enquête sur les massacres dans les prisons en 1986, Rolando Ames
était de passage à Bruxelles le 14 juin. Il a fait le point de la situation
actuelle au Pérou.
Le lait a pratiquement disparu du régime des enfants en milieu populaire, a affirmé à cette occasion le sénateur Ames. Son bilan de la situation:
"Au cours de la dernière décennie, le Pérou n’a connu que trois ans de
croissance relativement acceptable" Selon lui, le Pérou connaît certes les
mêmes conditions économiques que ses voisins, mais il fait aussi les frais
d’une politique économique à courte vue. Ainsi, la tentative - ratée - de
nationalisation de la banque a coupé les ponts avec le monde des affaires.
Conséquences: 35% d’inflation par mois et des salaires qui ne suivent pas.
Elections en vue
Beaucoup avaient cru dans le charisme du président Alan Garcia. Mais
faute de solutions apportées aux grands défis du Pérou, les institutions
perdent de leur crédibilité. Aux élections municipales de novembre, puis
aux présidentielles de début 1990, Rolando Ames prévoit que le parti de
Garcia, l’Apra, tiraillé par des conflits internes, connaîtra la défaite.
Selon lui, "c’est entre l’Union de la gauche et le Fredemo regroupé autour
de l’écrivain Vargas Llosa que devrait se jouer la victoire.
Entre le Sentier et l’armée
"On est coincé". C’est le sentiment que beaucoup de Péruviens éprouvent
quand ils considèrent, d’une part, la guérilla du Sentier Lumineux, d’autre
part, l’arbitraire de l’armée. Rolando Ames, lui-même, sait qu’il peut-être
une cible pour l’un et l’autre. "Le Sendero, le Sentier, dit-il, s’est
révélé comme un véritable groupe terroriste qui utilise la violence pour
prendre le pouvoir. Il prétend savoir d’office et sans discussion ce qui
est bon pour le peuple. Le succès de ce mouvement de guérilla s’explique:
il offre à des jeunes déçus une possibilité d’action directe. Il n’arrive
cependant pas à s’imposer là où les gens sont déjà organisés", relève-t-il.
Mais, poursuit le sénateur Ames, "le mouvement reste marqué fondamentalement par la violence. On se demande parfois si les gens préfèrent voir
arriver le Sendero ou les militaires. Ce qu’on sait, c’est que Sendero tue
toujours des individus pour des raisons politiques concrètes (trahisons,
parfois actions de châtiment collectif...) L’armée, elle, est beaucoup plus
arbitraire. Avec Sendero, on sait qu’on ne risque rien si on ne fait pas
certaines choses. Avec les militaires, on risque toujours..."
D’après le sénateur Ames, le risque de coup d’Etat militaire a diminué.
Mais il,peut arriver que des civils au pouvoir fassent intervenir l’armée,
voire des bandes para-militaires, tout en leur assurant l’impunité. "La
crise a au moins un effet positif, constate encore Rolando Ames: elle renforce l’organisation de la population. Les cantines communautaires, nées
dans quelques quartiers, sont maintenant généralisées dans les bidonvilles.
Les organisations de base représentent un potentiel important, mais la crise économique bloque beaucoup d’initiative". (apic/cip/pr)