Pérou: le choléra atteint les zones rurales (120391)
à la réalité, affirme le directeur de la Caritas péruvienne
Lima, 12mars(APIC) Ebranlé par une crise sociale sans précédent,
court-circuité par la corruption, dynamité par une violence de plus en plus
présente et par une misère jamais atteinte, le Pérou, comme s’il portait à
lui seul tous les maux du tiers monde, se voit confronté depuis plusieurs
semaines à une épidémie de choléra qui s’étend maintenant à l’ensemble du
pays. Et les derniers chiffres fournis par le Ministère de la Santé, 259
morts et 55’000 cas, pourraient être de 40% plus élevés, estime le directeur de la Caritas péruvienne Mario Rios Espinosa dans une interview accordée à l’agence APIC.
Quelque 21’000 morts durant ces dix dernières années en raison des luttes sanglantes qui opposent le Sentier lumineux à l’armée; le problème de
la drogue et de l’extension de la culture de la feuille de coca; une démocratie fragile, la gangrène d’un système et la faillite d’une politique sociale... Le changement annoncé en juillet 1990 par le nouveau gouvernement
du président Fujimori n’a pas eu lieu, et le choc attendu s’est transformé
en un cauchemar pour les plus démunis, de plus en plus nombreux. Une misère
jamais atteinte. Et comme si cela ne suffisait pas, le choléra, la maladie
et son lot de drames, la maladie de la misère.
S’attaquer aux causes
La misère, voilà bien le mot-clé pour expliquer le choléra qui s’abat
sur le pays. "Cette épidémie est le résultat d’un problème d’ordre stucturel dû au manque d’hygiène pour de larges secteurs de la population, au
manque d’eau, ou à sa mauvaise qualité, à l’alimentation en général. Trop
de personnes vivent dans des conditions d’hygiène déplorables par manque de
moyens et en raison de l’absence d’infrastructures adéquates. Comment voulez-vous enrayer le choléra, informer les gens sur ce qu’ils doivent ou ne
doivent pas faire lorsque pour beaucoup de Péruviens, l’achat même d’un savon est hors de portée", explique Mario Rios Espinosa. Pour lui, il est impossible de stopper l’épidémie si on ne s’attaque pas aux causes. "On demande aux gens de faire bouillir l’eau... mais l’achat du kérosène est audessus de leurs moyens. Quant à l’eau... dans certains "Pueblos jovenes",
il n’y en a pas. Il faut l’amener. La payer, ce qui est un autre problème".
Un salaire de 40 dollars par mois, de 80 pour certains "privilégiés", le
gouvernement dicte des mesures qui affectent les couches sociales les plus
dévavorisées et qui diminuent le pouvoir d’achat des salariés. Le chômage
augmente: "on prend des mesures sans présenter de plan à long terme", affirme le directeur de la Caritas péruvienne. Un kilo de viande coûte 5 dollars. L’inflation, jugulée un certain temps, reprend peu à peu le dessus.
Chiffres manipulés
Les chiffres avancés par le gouvernement concernant les victimes du
choléra sont de 40% inférieurs à la réalité, estime-t-il: "Ces chiffres
sont manipulés, car on tente de minimiser le problème. Dans un premier
temps, des mesures de prévention massives ont été prises, puis elles ont
été réduites en raison des protestations des pêcheurs, les plus affectés
professionnellement, et des intérêts économiques liés à l’exportation. Le
mal est maintenant généralisé; il atteint désormais la zone rurale".
Selon Mario Rios Espinosa, pour qui une aide précieuse serait de s’attaquer au problème de l’eau, un des principaux foyers de l’épidémie, en améliorant sa qualité, dans la seule ville de Huacho, au nord de Lima, Caritas
a détecté près de 600 cas de choléra alors que le Ministère de la santé ne
fournit aucune statistique. Il n’y a plus de lits disponibles dans les hôpitaux; l’espace et les médicaments pour soigner les malades font défaut.
Dans certains endroits, des lits ont été placés à même la rue.
A travers Caritas international, l’oeuvre d’entraide catholique péruvienne a lancé un véritable SOS aux Caritas nationales, y compris à l’organisation suisse qui n’a pour l’instant pas encore répondu. Cette dernière
est cependant déjà présente dans le pays à travers d’autres actions dans
les dispensaires des Caritas diocésaines, pour soigner et tenter de trouver
des solutions aux problèmes d’eau et d’alimentation, ce que confirme l’organisation suisse à Lucerne.
Caritas Pérou est plus active que jamais dans le domaine social, conclut
Mario Rios Espinosa, même si les évêques péruviens ont récemment décidé de
retirer l’oeuvre d’entraide du programme social dit d’urgence mis en place
par le gouvernement l’automne dernier et confié à l’Eglise: "L’Eglise a
quitté la Commission de coordination, fruit d’un effort entre la société
civile et l’Etat, elle ne pouvait plus prêter son nom aux manipulations politiques du gouvernement et à ses errements au niveau de ses réformes, dénuées de véritable plan social". (apic/Pierre Rottet)