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    Il faut vaincre le fatalisme après cinq

    Pérou: la guérilla pas seule responsable de la violence (281293)

    siècles d’oppression, dit un prêtre péruvien

    Bruxeles, 28décembre(APIC) La violence au Pérou est loin de se résumer à

    celle de la guérilla du Sentier Lumineux. Et pour en venir à bout, il faudra rendre l’espoir à un peuple qui a sombré dans le fatalisme après cinq

    siècles d’oppression. C’est là la conviction du prêtre péruvien Luis Zambrano, hôte d’une association belge chargée de promouvoir la solidarité des

    communautés chrétiennes.

    Prêtre dans le diocèse de Puno, sur les hauts plateaux andins, philosophe, théologien, journaliste et poète tout à la fois, Luis Zambrano prend

    actuellement une année sabbatique. De retour à l’Université de Tübingen où il a fait son doctorat -, il se consacre à une recherche sur l’argent et

    le sacrement.

    Au Pérou, dit-il, la violence ne se résume de loin pas à celle que sème

    le Sentier Lumineux. Il y a aussi la violence structurelle de 500 ans d’exploitation et d’appauvrissement qui, aujourd’hui encore, sous le régime

    néo-libéral de président Fujimori, fait plus de morts que les attentats directs. Le prêtre péruvien énumère la violence répressive de l’armée et de

    la police pour maintenir "l’ordre établi" et prévenir d’éventuelles réformes, la violence para-militaire des escadrons de la mort et des milices armées.

    "Aucun pays ne peut supporter une telle violence, c’est pourquoi nous

    alimentons surtout la résistance culturelle et religieuse pour briser cette

    spirale de la violence", explique-t-il. Luis Zambrano est sévère pour le

    Sentier Lumineux de l’ancien professeur de philosophie, Abimael Guzman, aujourd’hui prisonnier: "Pas seulement parce que sa violence a fait des milliers de victimes inocentes, mais aussi en raison du caractère particulièrement fermé, autoritaire, immuable, messianique et hostile au peuple".

    Victimes d’une idéologie

    Mais le prêtre refuse de voir dans les "Sendéristes" des bandits comme

    les autres: "J’en ai enterré pas mal. Ce sont pour la plupart des jeunes

    gens, le plus souvent aussi des jeunes idéalistes qui n’étaient mus par

    aucun intérêt personnel et qui ont tout sacrifié à cet idéal, dans le plus

    total désintéressement pour voir triompher leur cause. Ils étaient à ce

    point prisonniers de la "ligne du parti" et de la figure de Guzman qu’ils

    ne pouvaient plus briser le cercle fermé de la pensée idéologique. De la

    même façon, ils étaient déconnectés - ou cherchaient à l’être - de tout ce

    que vit le peuple et ils ont combattu le peuple plus encore que ne l’ont

    fait l’Etat péruvien, l’armée et la police".

    Luis Zambrano montre surtout que la violence du Sentier Lumineux ne peut

    être dissociée des trois autres formes de la violence qui règnent au Pérou:

    structurelle, répressive et para-militaire; qu’elle ne peut donc être combattue efficacement si l’on ne brise pas cette obsession de la violence

    qui, à bien des égards, paralyse le Pérou depuis cinq siècles.

    Aux yeux de Zambrano, le président Fujimori a, par rapport à ses prédécesseurs, le mérite "de voir le problème du Sentier Lumineux et de vouloir

    y remédier". Mais il le fait par la voie "la plus répressive, et donc en

    augmentant la violence et, en même temps, en appauvrissant plus encore le

    pays". Selon lui, quand Fujimori a pris le pouvoir en 1990, cinq millions

    de Péruviens vivaient dans une absolue pauvreté. Ils sont aujourd’hui 12

    millions, sur une population de 22 millions d’habitants". Or l’appauvrissement "sert plus les Sendéristes qu’il ne les combat", souligne le prêtre.

    Pour Luis Zambrano, la situation n’est pourtant pas sans issue. Il cite

    la créativité des organisations populaires, le réveil des communautés indiennes. L’espoir, dit-il, vient surtout de ce qu’il appelle "la conversion

    de l’Eglise catholique, surtout dans les diocèses du sud du pays, où un

    nombre toujours plus grand de laïcs, de religieux, de prêtres et d’évêques

    ont ’vu’ l’impasse dans laquelle doit vivre la plus grande partie des Péruviens et se sont engagés à se battre pour défendre la dignité des hommes".

    L’Eglise assume donc un rôle très important, assure-t-il, un rôle "d’autant plus important que de larges couches de la population ne font plus

    confiance qu’à l’Eglise, sachant que celle-ci s’adresse effectivement aux

    pauvres et qu’elle fait de leur défense une préoccupation centrale". Si il

    y a quelque chose que nous devons maintenir vivant en tant qu’Eglise, c’est

    l’espoir. "Et la résistance est finalement une question d’espérance, laquelle doit être portée aux plans culturel et religieux". (apic/cip/pr)

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