Pérou: l’Eglise opposée à l’éducation (140389)
Lima, 14mars(APIC) Devant l’augmentation alarmante des mères-adolescentes
âgées de 11 à 14 ans, une maternité de la capitale péruvienne, établissement privé de bienfaisance, a lancé un programme de prévention et d’éducation pour les adolescentes des quartiers populaires de Lima. Or les responsables de l’Eglise catholique péruvienne s’opposent à cette idée. Ils considèrent que "la diffusion des méthodes de contrôle des naissances équivaut
à inviter les jeunes à user et à abuser du sexe, et constitue ainsi une offense grave pour les valeurs et l’identité chrétienne".
Selon Philomena Prado, directrice du Département des statistiques à la
clinique d’accouchement, sur les 36.268 naissances enregistrées à la clinique, 18% des mères sont des adolescentes dont l’âge se situe entre 11 et 17
ans. Quelque 70% des mères-adolescentes ne sont pas mariées et n’ont pas un
partenaire stable, cependant que moins de 10% sont mariées, le reste faisant ménage commun avec un partenaire, parfois des adolescents du même âge
qui les abandonnent très vite. La spécialiste a également révélé que 13%
des femmes ayant subi un avortement et traitées à la maternité pour des
complications ultérieures n’ont même pas 16 ans.
Dans un communiqué, le Conseil permanent de la Conférence épiscopale
péruvienne a toutefois manifesté sa réprobation totale à l’égard de toute
publicité sur les moyens de contraceptions artificiels enseignés par la
clinique et par d’autres organisations non gouvernementales. Le communiqué
fonde son argumentation sur le message du pape Jean Paul II, qui le 3
février, avait demandé aux chrétiens de "rejeter énergiquement la contraception, la stérilisation et l’avortement". "La raison doit dominer l’instinct", affirme le document de la Conférence épiscopale. Les méthodes naturelles de planification familiale acceptées par l’Eglise (qui se basent sur
l’abstinence pendant la période fertile du cycle menstruel) "demandent et
développent la connaissance et le respect du processus biologique de la
personne".
Néanmmoins, de l’avis du Dr Silvio Mezarina, directeur de la maternité
de Lima, les méthodes basées sur l’abstinence périodique ne sont pas assez
efficaces pour les adolescentes des banlieues pauvres, en raison du milieu
dans lequel elles vivent. "La majorité des filles qui deviennent enceintes
vivent dans des conditions de surpeuplement et de promiscuité: elles habitent en général dans une pièce commune avec leurs frères et même leurs parents. Cette situation est la cause de nombreux cas d’inceste", souligne le
Dr Mezarina.
Selon lui, les adolescentes sont victimes de la pression sexuelle de
leurs proches, de leurs voisins et de leurs amis, et elles commencent très
jeunes leur vie sexuelle, dans la plus profonde ignorance. "C’est pourquoi
nous avons décidé de donner aux adolesentes qui viennent à la clinique
lorsqu’elles sont enceintes des informations et des moyens de contrôler
leur maternité. Nous considérons, puisqu’elles ont déjà commencé leur vie
sexuelle, que nous devons les aider à ne pas devenir à nouveau enceintes",
a conclu le directeur de la maternité de Lima.
La controverse entre la Conférence épiscopale péruvienne et les milieux
qui prônent des solutions auxquelles l’Eglise est opposée ne date pas
d’hier. Depuis deux ans en particulier, elle est devenue un sujet d’affrontement. Les cas de mères-adolescentes et d’avortement se multiplient au
Pérou, pays considéré en Amérique latine comme celui qui compte le plus
grand taux de mortalité à la suite d’un avortement. Sur 60.091 femmes
hospitalisées durant 12 mois à la suite de pratiques abortives, pràcisément, révèlait en mai 1987 le député apriste Pilco Deza, 31.860 ont laissé
leur vie à la suite de complications multiples. Si la plupart de ces femmes
sont de conditions sociales modestes, voire sans le sou, 65% sont âgées de
18 à 30 ans, mais 15% ont entre 13 et 17 ans.
D’une manière générale, outre les problèmes de promiscuité ou autres,
très nombreux, les milieux sociaux dénoncent la prostitution grandissante
de gamines de 10 ans. Une autre études réalisées en 1985 révélait que
139.000 enfants trimaient au Pérou pour gagner de quoi manger. Parmi eux,
figuraient 79.000 garçons et 60.000 filles. (apic/spi/pr)