Lima, 7septembre(APIC) A l’heure ou le Sénat péruvien débat à propos du
projet de loi sur l’étatisation du système financier du pays, un autre a
été interrompu. Il concerne l’amnistie que réclament l’Union de la gauche
pour quelque 120 prisonniers politiques issus de ses rangs ainsi que celle
demandée, pour d’autres détenus, par les diffférents comités qui militent
en faveur des droits de l’homme ainsi que par les milieux de l’Eglise. En
particulier la Commission épiscopale pour une action sociale et le Vicariat
de Solidarité de l’éveché de Puno. Cette amnistie avait été officiellement
annoncée le 28 aout dernier, suite à une greve de la faim de 18 prisonniers
soutenus par 7 politiciens de gauche et concernait 161 détenus politiques.
L’asssassinat de Rodrigo Franco, future ministre de l’industrie selon de
nombreux observateurs, survenu samedi 29 aout et attribué au mouvement subversif du Sentier Lumineux a tout remis en question. Alors meme qu’une solution possible était en voie d’etre trouvée et acceptée.
En septembre 1985, la Commission de Paix désignée par le président Alan
Garcia préconisait déjà l’amnistie en faveur des prisonniers politiques incarcérés pour des délits d’opinion, emprisonnés pour leurs notoires sympathies envers les syndicats ou les partis de gauche. Son rapport était
resté lettre morte. Or depuis plusieurs mois, une liste de noms de prisonniers politiques avait été à nouveau établie. Cette fois par un certains
nombres d’organisations religieuses, humanitaires, universitaires et politiques. Cette liste ne comportait et ne mentionnait que des noms de personnes dont il a été préalablement et formellement prouvé qu’elles ont été injustement incarcérés. pour nombre d’entre elles, les actes reprochés relèvent du délit d’opinion voire de l’abus d’autorité, pour d’autres encore,
de circonstances fortuites. Mais en aucun cas de terrorisme font remarquer
ces différentes associations. Certains parmi ces prisonniers, pour la plupart "campesinos", syndicalistes, militants de partis ou étudiants, subissent depuis près de deux ans maintenant voire bien d’avantage une incarcération sans avoir été jugés.
A ce propos, l’histoire de Willy Zabarburu, sociologue et militant de
l’Union de la gauche, est significative. En mai 1985, après deux ans de
détention passées dans la prison de Lurigancho, Willi Zabarburu comparait
devant un juge. Reconnu innocent, il s’entendra dire lors de sa comparution
qu’aucune charge soutenable ne peut etre retenue contre lui. Enfin qu’aucun
dossier le concernant n’a été retransmis au tribunal.
Des prisonniers en greve de la faim soutenus par des politiciens
Le 2 aout dernier, afin de protester et d’ameuter l’opinion publique sur
leur sort, 18 prisonniers de la tristement célèbre prison de Lurigancho
(massacre de juin 86) commencent une greve de la faim. Tous militent au
sein de l’Union de la gauche et figurent en bonne place sur une liste en
demande d’amnistie. Un dernier bulletin de santé émis 24 jours après faisait état d’une dangereuse dégradation de la santé des 18 grevistes. En
particulier pour deux détenus qui, depuis le 17 aout, s’étaient également
déclarés en greve de la soif. le 28 aout, les 18 grevistes de la faim ont
été transférés au centre hospitalier de la prison de Lurigancho en raison
de leur extreme faiblesse. Aucune nouvelle les concernant ne nous est depuis lors parvenue.
Tout récement, soit le 20 aout, deux sénateurs et cinq députés de la
gauche péruvienne, dans un geste spectaculaire de solidarité envers les
prisonniers, mais dans le but d’exercer une pression, entamaient à leur
tour une greve de la faim. A l’intérieur meme de l’hemyclique du parlement
péruvien. Neuf jours plus tard, c’est-à-dire vendredi 28 aout, ces sept
parlementaires mettaient un terme à leur jeune volontaire. En meme temps
d’ailleurs qu’était officiellement annoncé que 161 prisonniers allaient
pouvoir bénéficier d’une amnistie. Parmi ces 161 prisonniers, 65 figuraien
t sur une liste de l’Union de la gauche, les 96 autres provenant de celles
établies par l’ensemble des organisations religieuses, humanitaires et universitaires. L’assassinat de Rodrigo Franco a tout remis en question et
durci les positions. En repoussant aux calandres grecques le débat sur
l’aministie contre laquelle le président Garcia vient de se prononcer.
Un attentat pas comme les autres destiné à saboter le changement
Dans ce contexte, l’attentat contre Rodrigo Franco ne peut etre qualifié
"d’un de plus". Pas davantage que la personne visée et surtout le choix du
moment ne résultent d’une coincidence. Depuis deux mois maintenant les attentats à la voiture piégée et les meurtres sélectifs se multiplient à Lima
et dans le reste du pays. Mais depuis deux mois aussi, un langage véritablement nouveau ponctué par des décisions politiques importantes pour le
Pérou démontrent que quelque chose se transforme. la suppression en juillet
dernier du couvre-feu à Lima, l’annonce d’une étatisation du système financier et la récente décision gouvernementale de rétablir le 15 septembre le
pouvoir civil dans le département d’Ayacucho sont en effet autant
d’éléments permettant d’affirmer qu’un virage est amorcé. Il ne plait pas à
tout le monde. Pas plus que n’a plu l’idée d’une amnistie aujourd’hui sabotée. Une fois encore les "intérets" des extremes pourraient se rejoindre.
Au détriment de la démocratie et au mépris du peuple. (apic/pr/cr)