Pérou: faillite du programme d’aide d’urgence (061190)
Les millions de dollars promis ne sont jamais arrivés
Lima, 6novembre(APIC) Le programme d’aide sociale, dit d’urgence, mis sur
pied au Pérou par le président Alberto Fujimori dans le but de faire face à
la situation critique qu’affrontent des millions de Péruviens dans le domaine de l’alimentation est un échec. Il n’atteint pas la grande majorité
des plus nécessiteux. Ce programme avait été lancé en août dernier, peu
après l’annonce par le gouvernement du programme de réajustement économique. Un plan qui s’accompagnait d’une brusque flambée des prix. Entre 20 et
30 fois plus pour certains produits. Et les millions de dollars promis par
le gouvernement pour compenser cette escalde ne sont jamais arrivés.
L’Eglise catholique, qui s’est vu confier par le gouvernement l’exécution de ce programme, avait accepté avec "enthousiasme" la mission, pour
reprendre le terme alors utilisé par Mgr Ricardo Durand Florez, président
de la Conférence épiscopale péruvienne. Une mission qui se révèle être aujourd’hui un véritable casse-tête pour Caritas, l’organe de l’Eglise catholique qui avait pris les choses en main. Les salles à manger populaires ne
désemplissent pas à l’heure des repas alors qu’augmente le spectre de l’assiette vide, faute de moyens.
L’augmentation vertigineuse du coût de la vie ne concerne de loin pas
que l’alimentation: les tarifs des services publics - électricité, téléphone, courrier, etc - ont subi des hausses calculées entre 70% et 1’300%.
Mais l’escalade des prix affecte plus durement encore le secteur privé de
l’éducation, avec des hausses qui se situent entre 500% et 2’000%. Conséquences: de nombreux pères de famille se voient dans l’obligation de retirer leurs enfants des Centres d’enseignement, dans l’impossibilité qu’ils
sont de faire face aux dépenses, malgré l’appel du président de la Commission épiscopale pour l’Education, Mgr José Gurruchaga, adressé aux directeurs des Collèges catholiques.
Le Pérou au ralenti
La crise affecte la quasi-totalité des secteurs économiques du pays.
Jusqu’au 28 juillet dernier, date de la passation des pouvoirs entre Alan
Garcia et Alberto Fujimori, on estimait à 50% la capacité opérationnelle de
l’industrie péruvienne. Un chiffre qui pourrait bien atteindre aujourd’hui
son niveau le plus bas: de nombreuses industries des secteurs les plus divers sont actuellement partiellement voire complètement paralysées. Le commerce subit une chute des ventes alarmante. Et chaque jour apporte son
nouveau lot de personnes sans emploi.
Dans le trapèze andin, la situation n’est pas meilleure qu’à Lima ou que
dans les autres grandes villes du Pérou. Car à la récession et à la misère
grandissante s’ajoutent les conséquences d’une sécheresse qui perdure depuis plus d’un an maintenant. Des statistiques révèlent que 75% des cultures sont d’ores et déjà perdues. Quant aux transports chargés de la distribution des vivres dans le pays, ils se font de plus en plus rares.
Promesses et peau de chagrin
Selon l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Pérou comptait avant le réajustement économique annoncé le
10 août quelque 10 millions de pauvres (la moitié de la population), dont 7
millions vivaient dans une extrême pauvreté. Qu’en est-il aujourd’hui? Les
autorités gouvernementales, dans leur plan d’action d’urgence, avaient offert de destiner mensuellement jusqu’en décembre 83 millions de dollars
pour venir en aide aux plus démunis, dont 51 millions pour l’alimentation,
12 pour la santé et le reste en faveur de tout ce qui touche au combustible, aux transports et à l’emploi. Il a versé 20 millions en août, 6 autres
en septembre, mais rien en octobre. Pas un centime. Le manque d’argent comme la désorganisation du programme d’urgence privent ainsi des milliers de
familles d’une aide dont elles ont plus que jamais besoin. Promesses et
peau de chagrin. Les mois à venir pourraient bien sonner le glas du Premier
minsitre Juan Carlos Hurtado Miller, l’homme qui s’était fait fort de restructurer l’économie du pays. Sur le dos des pauvres. (apic/ma/pr)