Pérou: élections présidentielles (240490)
informels dans le succès du candidat Alberto Fujimori
Lima, 24avril(APIC) Un phénomène unique au Pérou et sans doute en Amérique latine pourrait bien se dessiner dans ce pays lors du deuxième tour des
élections présidentielles en cas de désignation, par le peuple, du candidat
de Cambio 90. Avec Alberto Fujimori, un président d’origine japonaise et un
vice-président évangélique, dit-on, qui représenterait, lui, les minorités
éthniques et religieuses jusqu’à présent marginalisées dans les activités
politiques du Pérou. Fils d’immigrés japonais, catholique, Fujimori est
largement appuyé par les évangélistes péruviens pour lesquels il "est un
envoyé de Dieu qui sauvera le Pérou de la crise économique et sociale qu’il
traverse".
Opposé entre autre à l’écrivain Mario Vargas Llosa, candidat du Front
démocratique (FREDEMO), des milieux de droite, Fujimori avait créé la surprise le 8 avril en bousculant tous ses adversaires se plaçant du même coup
comme favori des présidentielles de juin prochain (second tour) où les deux
hommes se retrouveront.
Pour beaucoup d’observateurs, l’appui apporté à Fujimori lors de la campagne par les évangélistes, ainsi que celui reçu du secteur informel et des
petits et moyens insustriels ont été déterminants. Un tiers des candidats
au législatif de Cambio 90 appartiennent à cette communauté. Les autres
étant dans leur quasi totalité catholiques, à l’instar de leur candidat.
Infatigables activistes, les évangélistes ont fait leur l’unique slogan du
candidat Fujimori: "Honnêteté, travail et technologie". Eloignés des techniques publicitaires massives, les prédicateurs ont apporté ce message de
porte en porte, et jusque dans les maisons les plus modestes des "pueblos
jovenes" (nouveaux villages qui entourent Lima) et même dans celles les
plus reculées de la sierra péruvienne.
Selon le Conseil national évangélique du Pérou (CONEP), près de 5% de la
population du pays appartient à cette communauté tenue jusqu’à aujourd’hui, dit le Conseil, en marge de la politique officielle en raison
de l’influence exercée par l’Eglise catholique de laquelle se réclament 90%
des Péruviens. L’aide ouvertement apportée à Fujimori par les évangélistes
n’a cependant pas empêché le CONEP, qui groupe 60 Eglises évangéliques, de
signaler dans un communiqué qu’elle n’appuie pas ni n’appuiera jamais des
options politiques.
Autres explications au phénomène Fujimori: l’appui obtenu par une grande
partie de la population qui gagne sa vie en pratiquant les métiers les plus
divers, par des personnes reléguées dans le secteur économique dit "informel", ainsi que par celui émanant des petits entrepreneurs péruviens. A la
différence de la liste parlementaire du FREDEMO, intégrée par des représentants de puissantes entreprises, celle de Cambio 90 comprend des dirigeants
de petites et moyennes entreprises, des provinciaux pour la plupart, mais
qui oeuvrent dans un secteur par trop marginalisé, lui aussi du Pérou officiel, en dépit du nombre relativement élevé des gens qui le composent (environ 900’000).
"Vargas Llosa est le candidat des riches et des blancs, en revanche, ’le
Chinois’ sait ce que nous attendons de lui", commente une femme mère de
neuf enfants, venue grossir à Lima la masse de Péruviens du secteur informel, comme vendeuse de nourriture au bord d’une route. Pour un sociologue,
Fujimori symbolise le pays parallèle, marginalié et souterrain qui commence
à peine à avoir une représentation politique.
Pour sa part, mise en cause par certains propos tenus par les évangélistes, la hiérarchie catholique repousse, par la voix de l’archevêque de Lima, Mgr Vargas Alzamora, "les tentatives amorcées pour diviser les Eglises
du Pérou". Quant à l’archevêque d’Arequipa, Mgr Fernando Vargas, il a relevé qu’il était indécent de vouloir mêler la religion à la politique. Ce que
reprend Caritas Pérou, un organe de l’Eglise catholique, en mettant en garde contre "le prosélytisme politico-religieux développé par les sectes.
(apic/na/pr)