Pérou: des statues de la Vierge en pleurs défrayent la chronique (150591)
Lima, 15mai(APIC) La crise économique, la misère, la violence, le chômage, la corruption, puis maintenant le choléra. Les Péruviens ne savent plus
à quel saint se vouer pour conjurer le sort qui s’abat sur le pays, eux qui
depuis longtemps ont cessé de croire aux politiciens et aux promesses. A
l’espoir qu’ils avaient placé en Fujimori en le désignant à la tête de
l’Etat a succédé la désillusion. On s’accroche désormais à ce que l’on peut
pour vivre, y compris à l’image de trois Vierges qui pleurent et qui défrayent depuis plusieurs jours la chronique locale.
Depuis que trois statues de la Vierge - qui appartiennent toutes à des
particuliers de la ville du Callao, le port de Lima - se sont mises à verser des larmes, le phénomène est devenu un véritable événement dans le
pays. Déjà des centaines de fidèles se sont rendus sur les lieux avec des
fleurs pour voir les statues, toucher les boules de verre qui les protègent. Il en est même qui prétendent avoir été guéris miraculeusement. Deux
des trois statues ont commencé à verser leurs larmes alors que deux événnements marquaient le Pérou. La première, qui représente la Vierge de Fatima,
a commencé à pleurer la deuxième semaine d’avril, alors que l’épidémie de
choléra atteignait son paroxysme. La seconde, qui représente la Vierge du
village de Chapi, au sud du Pérou, s’est mise à pleurer au moment où les
marches de protestation de travailleurs en grève étaient les plus fortes.
La Vierge et le guérisseur
Le chaos fait désomais partie de la vie quotidienne des quelque 7 millions d’habitants de la capitale, le tiers de la population péruvienne. En
l’absence de réponses du gouvernement aux problèmes qui se posent au pays,
les habitants des quartiers les plus pauvres de Lima en sont réduits à
chercher d’autres solutions. A opter pour le surnaturel, à s’y accrocher
comme source possible d’espérance. Selon le sociologue péruvien Julio Cotler, "Le Pérou vit un processus incontrôlable de désintégration sociale qui
incite les plus affectés à se tourner vers l’ésotérisme et le mystère religieux, à défaut de trouver des réponses concrètes à leurs problèmes quotidiens".
Et tandis que d’humbles citoyens de la capitale assurent avoir vu pleurer des statues de la Vierge, la visite au Pérou d’un "guérisseur" brésiliens, Joao Texeira, plonge dans l’expectative et l’anxiété des milliers de
malades. Tous veulent être reçus par lui dans l’espoir du "miracle". En dépit des appels lancés par le Collège médical péruvien, ils arrivent de tout
le pays pour se faire soigner. Gratuitement. Certains n’hésitant pas à rapprocher le "guérisseur" brésilien de saint Martin de Porres.
L’Eglise sceptique
L’Eglise catholique, pour sa part, demeure prudente face au phénomène
des statues de la Vierge qui pleure. Elle a néanmoins décidé la création
d’une Commission d’enquête formée de scientifiques (un physicien, un chimiste, un médecin et un théologien) pour examiner le "miracle de la Madone
qui pleure". Cette Commission est notamment chargée de déterminer si "les
larmes sont un effet de l’humidité naturelle ou s’il s’agit d’un phénomène
surnaturel". Pour Mgr Ricardo Durand Florez, évêque du Callao, "il est de
mon devoir d’étudier scientifiquement si ce sont bien des larmes qui coulent du visage de la Vierge". Sceptique, il en appelle à la prudence: "Nous
ne pouvons parler de miracles que lorsque le fait est totalement clair et
confirmé".
Un scepticisme que ne partagent pas nombre de fidèles: "La Vierge pleure
parce qu’elle veut nous émouvoir et que nous nous repentions de nos péchés", assure Augusto Villafuente, un missionnaire laïc. Les interprétations divergent à ce point que la presse y va de la sienne en laissant entendre qu’il pourrait s’agir d’une mise en scène du gouvernement. Certaines
langues - mal intentionnées? - n’hésitant pas à relever qu’un des propriétaire d’une statue est membre de "Cambio 91", le Parti du président Fujimori.
Beaucoup se rappellent à ce propos le cas survenu dans le passé au Nicaragua: l’image d’une "Vierge transpirante" était apparue. Des habitants de
la maison congelaient l’image de la Vierge avant de la sortir en public...
(apic/na/pr)