"Ils abandonnent le Pérou dans la détresse"
Lima, 5août(APIC) Dans une entrevue accordée à un groupe de jeunes apristes (Action populaire révolutionnaire américaine), mouvement actuellement
au pouvoir au Pérou, le président Alan Garcia a fustigé les "gouvernements
amis, qui abandonnent le Pérou dans la détresse, comme s’il était lépreux".
Le pays vit actuellement des moments particulièrement difficiles, avec une
inflation plus importante que jamais, des manifestations sociales nées d’un
mécontentement populaire croissant et une violence dont on redoute qu’elle
n’aboutisse à un véritable bain de sang.
Durant la même réunion, le président Alan Garcia a laissé percevoir son
désappointement face à la situation que traverse le pays mais aussi face à
son propre Parti, l’APRA. Peu enclin à ce genre de manifestation, il a
pourtant exprimé confidentiellement une certaine admiration pour les guérilleros de "Sentier Lumineux" (SL), d’obédience maoïste. Il a déclaré que
ce mouvement "a quelque chose qui manque à son parti". Parlant des membres
du SL, il a qualifié ces derniers "de combattants actifs, qui s’engagent de
manière désintéressée et se sacrifient".
En réalité, le président Alan Garcia pourrait bien être pris dans une
contradiction croissante entre ses convictions et les mesures que les forces armées, principal facteur de pouvoir dans le pays, semblent réussir à
lui imposer. Cette ambiguité s’est encore vérifiée dans le cas du massacre
de 28 paysans à Cayara (Ayacucho), survenu le 14 mai dernier. Deux cents
soldats avaient ce jour-là fait irruption dans ce petit village et massacré
les hommes sous les yeux horrifiés des épouses et des enfants.
Le gouvernement tenta d’abord de nier ce massacre, et malgré l’interdiction décrétée par l’armée de pénétrer dans la zone, les preuves furent
bientôt apportées. Après avoir visité Cayara, Alan Garcia déclarait alors:
"Nous continuerons à accorder notre aide et notre soutien à l’armée pour la
lourde tâche qu’elle accomplit au nom du pays".
Alors que le chef de l’Etat péruvien s’exprimait au sujet du "Sentier
lumineux", le chef de ce mouvement terroriste, le président Abimael Guzmann, devenu une sorte de mythe depuis sa clandestinité, il y a 8 ans, accordait pour la première fois une interview au quotidien "El Diario", porte-parole à peine dissimulé du SL. Davantage que le contenu et les déclarations de Guzmann, le fait que ce dernier "apparaisse au grand jour" constitue une surprise de taille. Beaucoup en effet le disaient mort depuis longtemps. Des rumeurs à ce sujet précisaient même qu’il avait été clandestinement enterré en France. De plus, c’est la première fois que le SL accorde
une interview.
La publication de cette interview, de 48 pages, a créé une grande stupéfaction au sein de la population. Elle a engendré la crainte. Guzmann y annonce en effet que son mouvement allait transférer le théâtre des opérations de la campagne à la ville. Il y prédit sinistrement " un bain de sang".
(apic/soe/pr)