Lima, 15septembre(APIC) Au Pérou, le débat national sur l’étatisation du
système bancaire - qualifié d’historique - n’en finit pas de secouer le
pays et de diviser l’opinion publique et meme l’Eglise. Considérée comme
révolutionnaire par les uns et de dangereuse par les autres, l’étatisation
ne laisse personne indifférent. Après la prise de position à ce sujet de la
Conférence épiscopale péruvienne, 304 pretres du pays - dont le Père Gustavo Gutierrez - viennent à leur tour de se prononcer. Sans aller jusqu’à
contredire le document émis par les éveques, la prise de position diffusée
par ces pretres soutient un point de vue moins nuancé et nettement plus
sévère contre les groupes financiers touchés par les mesures d’étatisation
prévues par le gouvernement du président Alan Garcia.
Ces 304 pretres rendent en effet ces groupes financiers dominants
responsable de la dégradation sociale qui afflige le pays. Pour ces personnalités religieuses, le droit à la propriété privée ne peut en aucun cas
etre un droit absolu. Répondant aux adversaires de l’étatisation, qui
voient dans celle-ci une atteinte à la liberté, les signataires du document
en question estiment qu’ "au Pérou, on ne peut parler de liberté sans au
préalable la réclamer pour tous. Et pas seulement pour une minorité...Il
n’est pas davantage possible de parler de défense de la démocratie, de lui
donner son sens réel, sans auparavant faciliter une participation permanente, autonome et organisée de la grande majorité péruvienne au sein de la
société".
En fait, relèvent-ils, la pauvreté inhumaine et antiévangélique dans laquelle sont maintenues des milliers de personnes est le fruit de multiples
facteurs. La forte concentration du pouvoir politique et économique exercée
par un petit groupe privilégié en est un. Cette situation, précisent les
pretres péruviens, constitue pour le Pérou une violence fondamentale, "un
scandale et une intolérable contradiction pour un chrétien". D’autant plus,
ajoutent-ils, qu’elle est à l’origine de l’inacceptable et sanguinaire violence terroriste qui, ces derniers jours encore, a laissé son nouveau lot
de victimes.
Sans se prononcer sur les mesures d’ordre technique liées au débat sur
l’étatisation, les pretres considèrent qu’il est de leur devoir de s’exprimer aujourd’hui, "par fidélité à l’Evangile et à l’Eglise, par fidélité à
l’engagement pris avec le peuple". En ce sens, disent-ils, il est impératif
de défendre avec fermeté le droit à la vie et d’agir avec responsabilité
dans le domaine politique. Ceci afin d’éliminer tous types de privilèges et
de construire, à partir des plus pauvres, une société juste et dans laquelle on puisse vivre.
L’influence de la théologie de la libération est bien présente dans ce
texte, qui est un véritable plaidoyer contre les injustices sociales qui
marquent la vie de la société péruvienne. Mais c’est aussi un avertissement
lancé aux puissants groupes économiques et financiers, aux pouvoirs politiques, dans une société ou les valeurs chrétiennes sont en crise. Et les
signataires d’estimer que la parole ne se prononce plus pour dire la
vérité, mais pour conserver les privilèges et pour tromper les gens sur les
vrais intérets en jeu : "les institutions, en lieu et place de servir, sont
trop fréquemment un obstacle dans la vie du peuple péruvien".
Quant à la corruption politique et économique, affirment en conclusion
les 304 pretres péruviens signataires du document, elle enlève toute
crédibilité à nombre de prises de position et de discours : "Le pauvre est
toujours suspecté de fautes cependant que le riche demeure avec son
impunité; de là une attitude de sauve-qui-peut qui est devenue la norme de
conduite d’un nombre croissant de Péruviens". Et les religieux d’affirmer
que "le mensonge semble s’institutionnaliser dans la société péruvienne au
point d’etre aujourd’hui une norme dans les relations sociales et un motif
pour oublier les revendications essentielles des plus nécessiteux".
(apic/pr/be)