Responsables des Eglises chrétiennes suisses et
militants de base planchent sur des alternatives
Pensier (FR), 7mai(APIC) Une quarantaine de responsables et de militants
de base de diverses Eglises chrétiennes ont répondu vendredi à l’invitation
de la Communauté de travail des Eglises chrétiennes en Suisse (CTEC) et du
groupe de travail "Justice, Paix et Sauvegarde de la Création" (JPSC). Ils
sont réunis jusqu’à samedi à la Maison St-Dominique à Pensier, près de Fribourg, sur le thème "Quel style de vie pour demain ?".
Après avoir entendu un témoignage très personnalisé et plein de sensibilité de Gabrielle Nanchen, aujourd’hui déléguée suisse pour le programme
"Dialogue Nord-Sud" du Conseil de l’Europe, les participants planchent jusqu’à samedi sur des alternatives au mode de vie actuel dans un monde marqué
par la crise économique, la destruction de l’environnement, le fossé grandissant entre pays riches et pays pauvres, et les conflagrations armées qui
se développent à nos portes. Ils ont réfléchi en groupes de travail à
l’usage du temps, la consommation d’énergie, la mobilité et les transports,
la gestion des conflits et la relation à l’argent.
Dans son introduction, le pasteur Heinrich Rusterholz, président de la
Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS) et vice-président
de la CTEC, a souhaité que l’esprit qui a soufflé sur la grande rencontre
oecuménique européenne de Bâle "Paix et Justice" ne se perde pas.
Qu’il est loin l’immense espoir suscité par la chute du Mur de Berlin,
en novembre 1989, qui allait nous donner les "dividendes de la paix", permettre de cesser la course aux armements et d’aider ainsi davantage le
tiers-monde, s’est exclamée Gabrielle Nanchen. L’ancienne conseillère nationale valaisane et socialiste - qui n’a pas quitté son parti, mais qui
est devenue sceptique au sujet de la politique partisane - a déploré qu’un
nouveau Mur, psychologique celui-là, mais plus infranchissable encore,
divise à nouveau l’Europe. "Que fait-on, en ex-Yougoslavie, de la liberté
si chèrement acquise ?", a-t-elle lancé. A l’Est, ce qui domine maintenant,
"c’est la liberté du renard dans le poulailler, la loi du plus fort...".
Et chez nous ? Une société à deux vitesses s’est installée, avec d’un
côté des nantis qui ont du travail et s’accrochent à leurs privilèges, tandis que d’autres sont socialement marginalisés: des mères devant élever
seules leurs enfants, des vieux qui meurent abandonnés, des jeunes de la
génération "no future", sans espoir, qui tombent dans la drogue et la délinquance. "Le tiers-monde désormais est chez nous: on rencontre des mendiants à Genève ou à Zurich!".
Et pourtant, dépassant ce tableau pessimiste, Gabrielle Nanchen a incité
les participants à ne pas baisser les bras, à combattre les injustices, à
lutter pour la protection de l’environnement et la solidarité avec le
tiers-monde. Mais elle a appelé à combattre pour une cause et non contre
des groupes sociaux (les bourgeois, les riches, les capitalistes) désignés
comme des boucs émissaires. Dans sa volonté de faire de la politique "autrement", dans la coopération et non la confrontation, la militante valaisanne met son espoir dans les mouvements, et - Gabrielle Nanchen n’avait
d’ailleurs pas attendu "l’effet Brunner" pour défendre cette approche dans les femmes.
Un autre style de vie pour les chrétiens?
Les cinq groupes qui ont réfléchi jusqu’à samedi matin sur la relation à
l’argent, la consommation d’énergie, la mobilité et les transports, l’usage
du temps et la gestion des conflits, ont rejoint concrètement le souhait
des organisateurs de la rencontre. L’objectif étant de déterminer comment
les chrétiens peuvent, concrètement, par leur style de vie, apporter leur
contribution à la résolution des problèmes d’aujourd’hui. L’appel à la conversion de l’Evangile ouvre en effet des possibilités de changements. Les
chrétiens et les Eglises, comme l’avait démontré le grand rassemblement oecuménique de Bâle, ont quelque chose à dire dans les domaines de la justice, la paix et la sauvegarde de la création.
Quels critères pour un placement financier?
Lors de la réunion plénière de samedi, présidée par le théologien Lukas
Vischer, chaque groupe a énuméré les points concrets évoqués . Pour ne
prendre qu’un exemple, le groupe de travail sur la relation à l’argent, a
estimé que les paroisses et les communautés religieuses ont trop tendance à
déléguer aux professionnels de la finance la gestion des biens d’Eglises,
sans se donner des critères précis au niveau des placements. Un participant
a alors évoqué les essais de banques nouvelles, encore timides mais prometteurs pour l’avenir, comme la Banque Alternative d’Olten ou la SCOD liée au
Conseil oecuménique des Eglises.
Certes, a répondu le rapporteur, mais même avec les autres banques, ne
convient-il pas que les paroisses et les Eglises fassent pression pour destiner leur argent à tel ou tel but social ou écologique?. Le groupe a aussi
évoqué l’importance de former les personnes chargées de la gestion financière dans les Eglises pour qu’elles soient sensibilisées à ces perspectives éthiques. On ne peut plus tolérer de construire deux églises l’une protestante, l’autre catholique dans un même territoire, alors que l’on peut
construire un seul lieu de culte oecuménique.
Lors des conclusions, Monique Bauer-Lagier, ancienne parlementaire genevoise à Berne, a dit avec force sa conviction: l’Eglise ne doit pas avoir
peur de transmettre haut et clair des considérations éthiques, comme
l’avait fait l’Eglise protestante de Genève à propos de l’énergie atomique.
"Beaucoup de jeunes ont besoin d’un engagement concret de l’Eglise".
Cette rencontre de Pensier, commentait un participant, aura permis
d’ébaucher un nouveau départ. Même s’il y a toujours une frustation entre
la réflexion et l’action à entreprendre, même si devant l’immense tâche un
certain découragement monte parfois à la surface. Une manière aussi pour
les organisateurs de relancer "l’esprit de Bâle", mais aussi, à travers cet
échange fraternel, enrichi par des invités compétents, de trouver ensemble
"un style de vie" qui sente bon l’Evangile. Les résultats des discussions
seront présentés le 25 mai aux huit Eglises et communautés membres de la
Communauté de travail. (apic/be/ba)