Pékin met en garde contre l’infiltration religieuse en Chine (030591)
Pékin/Bruxelles, 3mai(APIC) Le gouvernement chinois accuse ouvertement
des organisations catholiques et protestantes de poursuivre "des buts clairements politiques" en Chine. Dans une circulaire intitulée "Vigilance contre l’infiltration par des forces religieuses de l’étranger", envoyée par
Pékin aux organes religieux officiellement reconnus, le gouvernement met en
garde les Eglises contre "ces pratiques", révèle le service de presse
"Eglisi" (Belgique). Il s’agit d’un document très détaillé, qui aurait été
rédigé au milieu de l’année 1990. "Eglisi" en a assuré la traduction.
Aux yeux des autorités de Pékin, "l’infiltration" des forces religieuses
étrangères, qui s’est aggravée ces derniers temps, poursuit également, à
travers certaines activités, "des buts clairement politiques". Certaines
"constituent des ingérences" dans la politique religieuse de la Chine,
d’autres "utilisent les activités religieuses comme prétexte pour consolider des forces patriotiques et antigouvernementales".
Offensive de grande envergure
La circulaire décrit longuement, données à l’appui, les principales "méthodes" utilisées, à commencer par la diffusion d’émissions d’évangélisation et l’importation clandestine de littérature religieuse. Le nombre des
stations radio protestantes est ainsi passé à 26 dans le nord-est et le
sud-est du pays. Certaines d’entre elles disposent d’émetteurs très puissants leur permettant de couvrir la plus grande partie du pays, en diffusant non seulement en chinois, en anglais et en coréen, mais aussi dans les
dialectes minam et chaozhou.
Quant à la littérature religieuse, elle est importée par des organisations, par la poste ou distribuée de main à main. En 1989, selon les statistiques des douanes, 240’000 pièces ont été saisies, retenues ou réexpédiées, soit 1,6 fois plus qu’en 1988. 3’332 montages audiovisuels ont également été saisis.
La circulaire vise en outre les échanges académiques, l’envoi de professeurs étrangers en Chine et l’octroi de bourses aux étudiants chinois à
l’étranger en vue de leur évangélisation. La "Chinese English Society" aux
Etats-Unis est accusée de se spécialiser dans le recrutement de chrétiens
"qui brûlent de prêcher en Chine", où elle les envoie pour y enseigner
l’anglais. Dans plus de 50 collèges de 18 provinces, un grand nombre de ces
professeurs d’anglais ont été pris en flagrant délit de prêcher l’évangile.
Considérant que ces convertis ou sympathisants sont susceptibles de
"constituer une force puissante de diffusion de la religion en Chine et
d’influencer une génération entière", des organisations comme la Fondation
Fernand Verbiest (Université catholique de Louvain - Belgique), et la
Schall von Bell Association (Allemagne) aident les étudiants chinois à résoudre leurs problèmes de logement ou de subsistance, "leur accordent des
bourses et des voyages gratuits pour essayer de les attirer, de les enrôler
et de les corrompre", et "s’arrangent même pour que ces étudiants étrangers
visitent le Vatican et soient reçus par le pape".
Une force catholique "structurée"
D’autre méthodes sont dénoncées, comme le tourisme, la distribution de
fonds clandestins au clergé chinois pour obtenir son concours et provoquer
sa division, ou encore la mise à disposition de fonds pour créer des usines, des écoles, des hôpitaux pour y établir "des bastions d’évangélisation". Un investissement américain de 10 millions de dollars pour construire un hôpital a été refusé, signale la circulaire, la condition étant qu’il
ait sa chapelle et que les patients soient libres de participer à des activités religieuses.
L’allusion du document à l’ingérence dans la politique religieuse et au
non-respect de l’indépendance et de l’autonomie chinoises vise les activités religieuses "comme prétexte pour consolider les forces clandestines et
antigouvernementales et pour créer des organisations illégales". La circulaire accuse le Vatican d’avoir publié par deux fois, en 1986 et 1988, les
huits décrets généraux encourageant les catholiques clandestins à "exercer
des activités hostiles au gouvernement et à son autonomie". Plus grave: "Le
Vatican a secrètement ordonné un certain nombre d’évêque clandestins dans
notre pays et plusieurs centaines de prêtres ont été ordonnés par ces évêques et envoyés dans 17 provinces et villes. Nous avons maintenant affaire
à une force catholique clandestine structurée qui se présente comme un pouvoir politique s’opposant à notre gouvernement", relève en outre la circulaire.
La Corée, la "clique du Dalaï Lama", la "secte chiite"
Un dernier chapitre est consacré à l’infiltration des régions frontalières où vivent des minorités. Par la Corée du Sud tout d’abord, dont les radios chrétiennes mènent une campagne sur la "réunification de la république
de Corée" parmi les masses coréennes vivant dans le nord-est de la Chine.
Le document cite l’exemple du président de la radio "Far East", Sing Chongbi, qui s’est rendu dans la région à plusieurs reprises pour étudier l’impact de ses émissions, offrant par la même occasion des transistors directionnels miniaturisés. Les Eglises sud-coréennes ont également organisé des
"centres d’accueil" à Hong-Kong pour "éduquer" les Coréens établis en Chine.
La "clique du Dalaï Lama" s’efforce quant à elle "d’inciter les jeunes à
émigrer illégalement", en leur faisant miroiter des possibilités d’étude ou
de travail à l’étranger. "La clique, ajoute la circulaire, empoisonne
l’esprit de ces gens avec l’idée de l’indépendance du Tibet" et choisit
certains d’entre eux pour les préparer à devenir l’épine dorsale des activités antisocialistes et antipatriotiques. "Plus tard, on les renvoie dans
la région de leurs ancêtres pour s’y livrer au sabotage". Le nombre de ces
émigrés est passé de 600 par an à plus de 1’000 ces derniers temps.
Les musulmans, enfin, dont la plupart, en Chine, sont des sunnites, sont
eux aussi visés par la circulaire. "Pourtant, ces dernières années, peut-on
lire, un certain pays du Moyen-Orient s’efforce, avec l’aide de son ambassade en Chine, d’étendre l’influence de la secte chiite de l’islam, exportant dans notre pays une révolution islamique". (apic/cip/pr)